EMPIRISME DE LOCKE
A) — La comparaison de la tabula rasa est acceptable en ce sens que l'esprit est, à l'origine, comme une tablette où rien n'est écrit ; mais elle doit être rejetée à un autre point de vue : une tablette est inerte, indifférente à toute empreinte, tandis que l'âme est une force vivante et animée, capable de s'élever, par les opérations intellectuelles, au-dessus des données expérimentales.
B) — - Si l'entendement ne se distingue pas des sens, comment se fait-il : 1° que les animaux, qui ont des sens comme nous et même parfois supérieurs aux nôtres, n'aient pas, comme nous, d'idées générales et de principes universels ? — 2° que des personnes privées de presque tous leurs sens, comme Laura Bridgmann, soient susceptibles d'éducation et font preuve d'une intelligence dont aucun animal n'est capable ? N'est-ce pas précisément parce que les animaux sont dépourvus d'une faculté que possèdent les hommes, même privés de certains sens, comme les sourds-muets et les aveugles ? Cette faculté, distincte des sons et de la conscience, est ce que nous appelons la raison.
C) — Les données des sens ne sont par elles-mêmes que des modifications subjectives ; elles ne peuvent avoir une valeur objective que si l'intelligence, par son activité propre et à la lumière de ses principes, les interprète comme les signes d'une réalité extérieure (95),
D) — Dans ce système, la science est impossible, car il n'y a pas de science du particulier. Or la conscience et le§ sens ne peuvent atteindre que le particulier. Si donc l'esprit se contente de formuler les éléments expérimentaux fournis par la sensation et la réflexion, jamais il ne pourra s'élever à V universel.
E) — Aussi Locke dénature-t-il les vérités et notions premières : 1^ On ne peut, d'abord, ramener tous les principes premiers au principe d'identité (160). — De plus, le principe d'identité dépasse l'expérience : il énonce l'impossibilité absolue que ce qui est ne soit pas ; or l'expérience, bornée aux cas particuliers, ne peut expliquer ce que cette impossibilité a de nécessaire et d'universel. — 2^ La substance n'est pas une collection de qualités (76). — 3^ Ce n'est pas l'infini qu'on obtient en ajoutant le fini au fini, c'est V indéfini (187).
in. — Locke et Condillac : Condillac, disciple de Locke, est beaucoup plus radical que son maître : a) Locke admet une double expérience : sensation et réflexion ; Condillac ramène tout à la sensation. — b) Condillac prétend faire dériver les facultés elles-mêmes de la sensation ; Locke reconnaît à l'intelligence une faculté de réfléchir distincte de la faculté de sentir. — c) Condillac réduit l'esprit à la passivité; Locke lui accorde une certaine activité combinatrice.
304 ASSOCIATIONNISME DE STUART MILL (l'^O)