CONCLUSION SUR L'ORIGINE DES IDÉES
Il faut admettre, avec Aristote, les Scolastiques, Leibniz et M. DE Biran, que les notions et vérités premières sont dues au concours de l'expérience et de la raison, c'est-à-dire « ni à l'expérience brute, ni à l'esprit pur, mais à un empirisme intelligent (^) ».
I. — Notions : il faut distinguer la matière ou donnée concrète à élaborer, qui est fournie par l'expérience interne, et la forme abstraite que l'intelligence impose à cette matière.
A) — Matière ou donnée concrète : V expérience interne fournit la matière de la connaissance ; ce sont des données concrètes, singulières, contingentes. Par la réflexion, l'âme, assistant à sa vie, se voit subsistant une et identique à travers la diversité et la mobilité de ses phénomènes ;
— elle distingue les actes qu'elle produit des manières d'être qu'elle subit ;
— elle observe que cette énergie productrice ne se déploie pas au hasard mais tend vers un but ; — elle remarque que ses actes se produisent dans des conditions déterminées. Bref, elle constate qu'en elle tout a sa raison d'être. Voilà la matière concrète qu'il s'agit d'élaborer (72).
B) — Forme abstraite et générale : l'intelligence, au moyen de l'abstraction, dégage ces données de leur contenu expérimental, c'est-
(') Intellectus agentis est illuminare inielligibilia in potenlia in quantum per abstraclionem facit ea intelligibilia actu (S. Thomas, Summa theol., I. P., Q. 54, A. 4, ad 2).
(^) Psychologie, n. 196
(') Rabier, Ch. XXX, Psychologie, p. 406
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à-dire de ce qu'elles ont de concret, de particulier, de relatif et les transforme en idées pures : de là les notions abstraites, d'être, d'' unité, d'identité, de raison, de substance, de cause, de fin, de loi. — Puis, par la généralisalion, elle étend ces notions psychologiques à tous les cas possibles de sa vie propre et, par analogie, aux choses extérieures qu'elle conçoit à son image et ressemblance (183, § A, V).
II. — Vérités : jusqu'ici la réflexion et l'intelligence proprement dite, au moyen de V abstraction et de la généralisation, ont suffi pour former les notions premières. Mais la raison, fonction supérieure de l'inteHigence, c'est-à-dire la faculté de percevoir l'absolu, le nécessaire, l'universel, doit intervenir pour la formation des vérités premières. Comparant les notions abstraites et générales, la raison perçoit entre elles des rapports indépendants de toute condition relative, contingente, particulière, c'est-à-dire des rapports absolus, nécessaires, universels ; puis elle les formule en jugements que l'on nomme principes premiers. Exemple : comparant la notion psychologique de cause (ce qui produit quelque chose) avec la notion d'effet, de fait (ce qui est produit par quelque chose), la raison perçoit entre ces deux notions un rapport absolu, nécessaire, universel, qu'elle affirme en disant : Pas de fait sans cause (183, § B). — Enfin, par analogie, l'esprit appHque au monde extérieur les vérités premières acquises à l'occasion de l'expérience interne.
La question psychologique de l'origine des notions et principes premiers se trouve ainsi résolue par le concours de l'expérience et de l'inteHigence. Reste à examiner la question métaphysique de la valeur objective de ces notions et vérités (Cf. Métaphysique générale, Ch. ii ).