SYNTHÈSE DES NOTIONS ET VÉRITÉS PREMIÈRES
dictoire de supposer que l'Etre par soi puisse ne pas exister, A l'égard des êtres créés, le principe d'identité ne s'applique que relativement : ils existent, mais ils pourraient ne pas exister. Leur être n'exclut le nonêtre que conditionnellement, c'est-à-dire supposé qu'ils soient déjà ; leur nécessité n'est que relative : ils sont contingents.
Mais, en définitive, il faut bien qu'il y ait un être dont V essence même soit d'exister et qui, par conséquent, soit sans condition, nécessairement, absolument. Cet être, chez qui l'essence et l'existence ne se distinguent pas, c'est Dieu (^) ; chez les êtres créés il y a entre l'essence et l'existence une distinction virtuelle : car s'ils sont, ils pourraient ne pas être et ils auraient pu rester toujours à l'état de possibles.
II. — Principe de raison : l'absolu est pour nous la raison suffisante de tout. En effet, une chose étant donnée, nous en cherchons la raison dans une autre ; mais si cette autre est dépendante comme la première, elle a aussi sa raison d'être dans une troisième ; et ainsi sans fin. C'est pourquoi, tant que notre esprit ira de chose relative en chose relative, il ne découvrira jamais une raison qui lui permette de réduire tout à l'unité. Alors surgit dans l'esprit l'idée d'un être qui soit cause de tout le reste, sans avoir lui-même de raison en dehors et au-dessus de lui : c'est l'idée d'Être absolu. L'idée de Dieu résume donc aussi tous les principes dérivés du principe de raison et toutes les notions premières.
Gomme raison suffisante : 1° des causes secondes, Dieu (l'absolu) est nommé : Cause première ;
2" des substances relatives, il est nommé Substance absolue ;
3° de toutes les fins particulières, il est nommé Fin suprême et dernière, Bien absolu ;
4° des lois de la nature, il est nommé Sagesse infinie ;
5° des choses qui durent, il est nommé Éternité ;
6^ des choses étendues, il est nommé Immensité ;
7° de toute vérité, il est nommé Yrai absolu ;
8° de toute beauté, il est nommé Beauté absolue.
Remarque : dans toute cette question des notions et vérités premières, on s'est placé au point de vue subjectif et psychologique ; à savoir, quelle est leur origine, quelles facultés servent à en exphquer la présence en nous : l'expérience ? la raison ? On envisagera^ en Métaphysique, la question au point de vue objectif : quelle est la valeur des notions et vérités premières ?
(') Kleutgen, La philosophie scolastique, Dissert. VI", Ch. ii. — • Bossuet, Logique,