SA NATURE ET SES ESPÈCES
I. — ■ Sens général : l'activité est le fond de toutes nos facultés et l'essence même de l'âme : Être, d'après Leibniz {^), c'est agir. Nous avons conscience de notre activité comme de notre existence personnelle ; nous avons conscience que notre âme sent, pense et veut ; ce sont là autant de manifestations de son activité. Métis est vis sui conscia. Dans tout phénomène psychologique, même ceux où la passivité domine, il y a une part d'activité : la réactiofi contre l'impression venue du dehors (14, I). L'activité psychologique, en général, c'est donc le pouvoir de produire quelque phénomène conscient (13, I).
IL — Sens spécial : ici, nous considérons l'activité en tant qu'on l'oppose à la sensibihté et à l'inteUigence et qu'elle se montre dans la volonté. Dans la production des phénomènes sensibles, l'âme est plus passive qu'active ; dans celle des phénomènes intellectuels, elle est plus active que passive ; mais c'est dans les déterminations volontaires qu'elle est surtout active. C'est pourquoi souvent, en parlant de la sensibilité, on ne mentionne que la passivité, comme en parlant de la volonté on lui attribue l'activité, dénommant ces deux facultés d'après leur caractère dominant. Mais, à parler rigoureusement, l'âme dans les divers phénomènes de conscience déploie toujours de l'activité plus ou moins mêlée de passivité. C'est pourquoi il nous a paru plus logique de ramener tout à l'activité, soit sensible, soit intellectuelle, soit volontaire (14).
III. — Ses espèces : on peut envisager l'activité humaine dans ses ejjets ou dans ses formes :
A) Effets : alors l'activité est : 1» Organique ou physiologique : elle comprend tous les mouvements qui se passent dans le corps : vg. fonctions
(M ï<ouveaux essais sur V e-ntendemeni humain : ■ Je soutiens aussi que les substances (matérielles ou immatérielles) ne sauraient être conçues dans leur essence nue sans aucune activité, que l'activité est de l'essence de la substance en général... •> (Préface, p. 31.)
(190) l'activité volontaire : ses formes 355
do nutrition^ telles que la digestion, la respiration, la circulation du sang ;, fonctions de relation, telles que les m(»uv(Mnents des dilTr'-rents organes des sens.
2° Psychologique : elle s'applique à tous les faits de l'âme, faits de sensibilité, faits d'intelligence ; mais elle se manifeste principalement dans les eiïorts de la volonté libre.
B) Formes ou modes : alors l'activité est instinctive, volontaire ou habituelle.
1° Instinctive : d'abord, l'activité est spontanée et irréfléchie. Elle se porte d'elle-même {sponte sua), sans prévision, sans effort, fatalement, vers certains objets ; c'est V Instinct, c'est l'activité animale. Cette forme d'activité précède les autres. L'enfant commence par agir comme l'animal, sans connaître le but et sans prévoir les résultats.
2" Volontaire : puis, peu à peu, l'activité devient réfléchie et libre. A mesure que l'intelligence s'éveille et se développe, l'âme cède de moins en moins aux impulsions de l'instinct. Avant d'agif, elle se rend compte du but qu'elle poursuit ; elle y adapte les moyens et en prévoit les conséquences ; elle se détermine eHe-même par un effort dont elle prend librement l'initiative : c'est la Volonté, c'est l'activité vraiment humaine.
30 Habituelle : enfin, par degrés, l'activité redevient comme instinctive et spontanée, sans cesser toutefois d'être plus ou moins réfléchie et hbre. Plus les actes volontaires se répètent, plus ils deviennent semblables à ceux que produit l'instinct, parce que la répétition diminue la réflexion et l'effort : c'est V Habitude.
Instinct, volonté, habitude, tels sont donc les trois modes successifs de l'activité humaine. Il a été traité de l'instinct au chapitre de la Sensibihté, parce que l'élément passif y a une grande part et parce que, par son élément actif, il se rattache aux inclinations (54). Reste à parler de la volonté et de l'habitude.