CHAPITRE PRÊLIMrNAIRE
Des kantistes déterminés, Paulsen et Eucken, ont bien mis en lumière ce point capital, que Kant et Aristote, en tant qu'il est représenté par Saint Thomas d'Aquin et les Scolastiques, sont les deux pôles autour desquels roulent les principaux systèmes phiJosophiques qui se disputent de nos jours la maîtrise des intelligences (^). Il faut choisir entre l'idéalisme kantien et le réalisme péripatéticien.
En 1904, lors de la célébration du premier centenaire de la mort de Kant, on a constaté que son influence était en baisse (^). Cependant, parmi ceux-là mêmes, qui n'hésitent pas à dénoncer la faillite de la doctrine kantienne, on trouve des écrivains assez confiants pour soutenir que, dans la ruine générale, un élément essentiel a survécu : « l'esprit de relativité critique demeure vivant » ('^). Cette affirmation renferme, croyons-nous, une équivoque dangereuse, qu'il importe de dissiper. Elle va nous fournir l'occasion de signaler les tendances des deux Philosophies rivales, et, par là même, de mettre en évidence les principes qui ont dirigé la composition de ce Traité.
Ce qu'il y a de légitime et de vrai dans la théorie de la relativité de la connaissance est antérieur à Kant : on peut le dégager de la philosophie scolastique. Ce qu'il y a d'erroné et d'excessif lui appartient seul en propre.
Il faut toujours distinguer, en pareille matière, entre les diverses sortes de connaissances.
(') Paulsen, Thomas von Aquino und Kant, da.ns Kanlsludien, 1901. — Philosophia mililans, 2" éd., Berlin, 1901. — Eucken, Thomas von Aquino und Kant. Ein Kampf zweier Welten, dans Kantsiudien, 1901. — Cf. Civillà cattolica, oct. 1905, p. 464-470. — Revue Néo-scolasticfue, 1901, p. 75 ; 193. — M. De Wulf, Kantisme et Néo-Scolaslique, Ibidem, 1902, p. 5-18.
[■) Henri Poincaré raconte qu'assistant à cette séance de la Sorbonne, il entendit son voi.sin lui dire à mi-voix, pendant le discours de M. Couturat qui prenait à partie les jugements synthétiques a priori : « On voit bien que c'est le centenaire de la mort de Kant. " iRevue de Métaphi^sique et de Morale, nov. 1905, p. 816). — Cf. G. Sortais, La connaissance théorique d'après Kant, dans Etudes philosophiques et sociales, p. 151-154 ; 225-230, Paris,
(*) G. FoNSEGRiVE, par exemple, écrit dans la Quinzaine du i^' mars 1904, p. 107 : « Le Kantisme est mort, l'esprit de relativité critique demeure vivant, l'aristotélisme reste possible. »