LÉGITIMITÉ DE LA PSYCHOLOGIE
Une science est légitime, est vraiment une science particulière, quand elle réunit deux conditions, quand elle a :
I. — Un objet propre : or les faits de conscience, étant irréductibles aux faits physiologiques (4), constituent à la psychologie un domaine spécial. — Les philosophes anciens n'ont pas été sans faire de psychologie, mais pour eux la science de l'âme était généralement mêlée aux différentes parties de la philosophie. Longtemps elle n'a guère été qu'un instrument au service de la métaphysique, de la logique et de la morale. Le Tteoi 'J/u/v-; d'Aristote, par exemple, est autant un traité de physiologie qu'un traité de psychologie. — C'est à partir de Locke que la psychologie tendit à constituer une science distincte ; cette tendance n'a commencé à se réaliser que dans les écrits des philosophes écossais, qui furent suivis par les psychologues français de la première moitié du xix^ siècle, notamment par Joufîroy et Garnier (^).
(M JouFFROY, Mélanges philosophiques. — Garnier, Traité des facultés de l'âme.
II. — Une méthode, par laquelle on peut acquérir sur son objet propre des connaissances certaines et générales. Or la psychologie, grâce à la méthode d'observation subjective ou réflexion, complétée par l'observation objective et Vexpérimeiitation, peut connaître les faits de conscience avec certitude. — De plus, on peut dégager, par induction^ de la complexité des phénomènes, les lois auxquelles ils sont soumis, et par là la psychologie s'élève à des connaissances générales (^).
Nous pouvons donc conclure, contre les matérialistes, que la psychologie est une science aussi légitime que la physiologie et que ces deux sciences doivent rester distinctes sans cesser d'être unies (4).
« Certes c'est un subject merveilleusement vain, divers et ondoyant que l'homme « (-). Aussi les phénomènes psychologiques sont-ils nombreux et variés ; il est donc nécessaire d'y introduire de l'ordre en les classant. Deux écueils sont à éviter dans cette classification. Le premier serait de confondre dans une même catégorie des faits essentiellement différents, à cause de ressemblances secondaires : vg. le désir et la volonté. Le second serait de mettre dans des catégories différentes des faits essentiellement semblables, à cause de différences accidentelles : vg. le plaisir et la douleur. Une bonne classification doit donc séparer ou rapprocher les faits suivant leurs différences ou ressemblances essentielles. De la sorte, elle ne péchera ni par excès, ni par défaut ; elle sera nécessaire et suffisante.
La classification des phénomènes psychologiques a varié avec les temps. Les philosophes modernes s'accordent généralement à diviser les faits de conscience en trois groupes : faits sensibles, faits intellectuels, faits volitijs. On constate, en analysant certains faits psychologiques complexes, comme une délibération, une lecture, que tous ces phénomènes peuvent en effet se rapporter à l'un des trois groupes indiqués.