LE CARACTÈRE ET LA VOLONTÉ
une liberté plus haute, analogue à celle de Dieu, la liberté de choisir entre divers moyens, mais tous bons en eux-mêmes, pour atteindre sa fin. C'est l'essence de la hberté parfaite. C'est vers elle que s'achemine lentement l'homme vertueux s'efforçant de refouler les impulsions de la nature sensible, qui l'entraînent au plaisir, pour n'obéir qu'aux motifs raisonnables qui le portent au devoir. Se dégageant peu à peu de l'attrait des biens inférieurs, qui n'ont qu'une valeur apparente et relative, il adhère de plus en plus au bien véritable, au Bien suprême.
Mais cette « liberté de perfection » n'est jamais pleinement réalisée : c'est un idéal. En fait, nous ne voyons jamais avec une irrésistible clarté la connexion nécessaire entre le bien en soi et le bien pour soi, entre la vertu et le bonheur. C'est pourquoi nous ne sommes pas forcés de nous décider du côté de la loi rationnelle du devoir, dont la beauté supérieure ne se révèle pas à nous avec une splendeur capable d'éclipser l'attrait des biens infimes du monde sensible.
C'est sans doute ce qu'entendaient Socrate et Platon quand ils disaient que « personne n'est méchant volontairement », car c'est dire que toute faute de la volonté résulte en définitive d'une défaillance de l'intelfigence. C'est en ce sens aussi qu'on peut entendre le mot célèbre et souvent mal interprété de Leibniz : « L'intelfigence est comme l'àme de la liberté ». Tout progrès dans la juste appréciation de la valeur relative des motifs et des mobiles, tout avancement dans la connaissance du Bien suprême est un acheminement vers l'idéal proposé aux efforts de l'être raisonnable : la hberté de perfection.