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NÉCESSITÉ ET LIBERTÉ

tudo {}). Ainsi donc la volonté humaine veut naturellement et nécessairement le bonheur : « Tous les hommes veulent être heureux, cela est sans exception « (Pascal). La recherche du bonheur en tout et partout, c'est la tendance instinciivc, indéUbérée de toute volonté. Telle est la part de la nécessité. La liberté commence avec le choix des moyens pour atteindre cette fin dernière, le bonheur, le souverain bien {^). Or les moyens à notre disposition, pour nous acheminer vers cette fin, sont les biens particuHers qui nous entourent et nous solhcitent. Mais, comme aucun de ces biens particuliers n'est un moyen nécessaire et suffisant pour procurer actuellement la béatitude complète, la volonté reste libre de choisir entre eux. Le* devoir lui-même n'a pas cette puissance nécessitante, parce que, quoiqu'il soit en connexion nécessaire avec le souverain bien, cette connexion n'est pas assez évidente pour déterminer nos actes.

C'est pourquoi il est illogique de prétendre avec Leibniz que la volonté se porte vers le bien le meilleur, car parmi les biens auxquels tend la volonté, si l'on excepte la féhcité en général, il n'en est aucun qui puisse lui paraître le meilleur sous tous les rapports. C'est ainsi que ce qui vaut mieux sous un rapport, vaut moins sous un autre ; ce qui est meilleur pour la raison ne l'est pas pour les sens : vg. le sacrifice de tel plaisir ; ce qui est meilleur en soi ne paraît pas meilleur pour moi en telle et telle circonstance. C'est la juste remarque que fait Mgr d'Hulst : K Oui il est mieux en soi de préférer le Bien suprême, et c'est pour cela que c'est obligatoire. Mais il peut me sembler meilleur pour moi de jouir tout de suite et de livrer l'avenir au hasard, et c'est pour cela que, si je préfère le Bien suprême, je le ferai librement {^). »

Si l'intelhgence humaine apercevait nettement toutes les conséquences de l'action proposée, chacun verrait avec évidence que le bien en soi est toujours aussi le bien pour soi, et alors l'homme agirait nécessairement d'une manière conforme au devoir.

En effet, si la coïncidence entre ce qui vaut mieux en soi et ce qui vaut mieux pour moi était toujours évidente, le devoir s'identifîant parfaitement avec mon intérêt et mon amour du bonheur, je n'aurais aucune raison d'agir contre le devoir. Or une volonté raisonnable n'agit pas sans raison. Dans ces conditions, l'homme suivrait toujours la loi du devoir ; il aimerait et pratiquerait nécessairement le bien honnête. De ce côté la liberté n'existerait plus, car l'homme ainsi éclairé ne pourrait plus hésiter entre le bien et le mal. Cependant il aurait en partage

(') s. Thomas, Summa theologica, l^ P., Quaest. 82, art. 1.

(^) S. Thomas, Proprium liberi arbilrii est electio. Ibid. Quaest. 83, art. 3.

(') Opère citalo, p. 128.

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