III. — Ici les exceptions sont plus nombreuses
10) On ne s'habitue pas à des sensations trop violentes : vg. goutte.
2°) Les plaisirs qui naissent de besoins périodiques ne deviennent jamais insipides : vg. le boire, le manger.
3°) Certaines jouissances ne deviennent que plus intenses et plus vives par la répétition : tandis que, chez le buveur, le goût se blase de plus en plus et que le plaisir devient de moins en moins senti, chez le liquoriste, qui est dégustateur, le même sens s'affine de plus en plus et la jouissance devient de plus en plus déhcate ; de même un auditeur vulgaire se fatigue vite d'entendre le même chant, tandis qu'un véritable artiste jouit plus à la seconde audition qu'à la première.
4°) Les désirs, qui par la nature même de leur objet ne sont pas susceptibles d'être pleinement satisfaits, ne sont pas sujets à s'affaiblir : tel l'amour du vrai, du bien, du beau.
Mais ces exceptions sont plus apparentes que réelles ; en effet :
a) Dans les deux jiremiers cas, l'émotion ne peut s'émousser par l'habitude, car l'habitude n'existe pas. Dans l'un, l'excitation est trop violente ou trop opposée aux tendances naturelles de l'être ; or, dans ces conditions, l'habitude ne peut se former (216, III). — Dans l'autre, il s'agit de besoins périodiques ; or ces besoins sont tels qu'après avoir été assouvis, ils reparaissent, en vertu du rythme de la vie, aussi impérieux qu'auparavant. Il est donc naturel que l'émotion renaisse chaque fois que le besoin est de nouveau satisfait.
b) Le dégustateur et le dilettante ne se bornent pas à recevoir passivement la sensation ; ils en font l'analyse, la comparent, y découvrent des nuances nouvelles. Ce déploiement d'activité ravive la sensation et l'empêche de s'émousser.
c) De la même façon s'exphque la vivacité des plaisirs de la science, de la vertu, de l'art. Seulement ici, ni la satiété, ni l'ennui ne sont à craindre, parce que l'activité déployée est moins dépendante de l'organisme et que le but poursuivi, étant l'infini, ne pourra jamais être atteint (21, III).
Conclusion : les lois de l'habitude relatives à ses effets peuvent, en définitive, se ramener à une seule : Toute faculté se développe en s'' exerçant, car l'habitude aboutit à un accroissement d'activité {220, W, Conclusion).
(220) NATURE DE l'hÂbITUDE 421