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IL — JUSTIFICATION DE CETTE CLASSIFICATION

Elle est légitime et bien fondée, car elle ne pèche ni par : A) Excès : il n'y a pas trop de divisions ; elle est donc nécessaire, car :

I. — Les trois groupes de phénomènes ont des différences essentielles qui les rendent irréductibles : les faits sensibles sont subjectifs ; les faits intellectuels sont objectifs ; les faits volitifs sont libres^ tandis que les faits sensibles et intellectuels sont fatals. On ne peut ranger dans la même classe des phénomènes qui ont des attributs contradictoires; or V objectivité s'oppose nettement à la subjectivité., et la liberté à la fatalité. IL — L'expérience nous montre ces trois ordres de faits : 1» Relativement indépendants dans leur exercice : a) Les faits sensibles peuvent exister sans les faits intellectuels et volitifs ; c'est ainsi que l'enfant peut ressentir du plaisir et de la douleur sans représentation ; toute sensation n'est pas accompagnée de mouvements volontaires ; tout désir n'est pas consenti. — b) Les faits intellectuels ne sont pas nécessairement accompagnés d'émotion : une démonstration mathématique peut laisser indifférent ; — une idée n'appelle pas toujours une détermination (vg. on peut concevoir le devoir sans rien faire pour l'accompHr) ; les faits intellectuels sont donc indépendants des faits sensibles et volitifs. — c) Sans doute les phénomènes volitifs supposent des phénomènes sensibles et intellectuels, car, quand nous voulons, il y a représentation de la fin à réaliser, et désir de la réahsation de cette fin ; mais la réciproque n'est pas vraie : toutes les fois que nous nous représentons une fin, nous ne la voulons pas ; toutes les fois que nous désirons, nous ne voulons pas : vg. on peut désirer prendre une friandise et ne pas le faire.

2» Relativement indépendants dans leurs variations : bien que ces trois ordres de phénomènes se retrouvent dans toutes les consciences, ils se rencontrent rarement au même degré dans une conscience. Telle âme est surtout sensible, telle autre intelhgente, telle autre énergique ; d'où cette classification des caractères, selon la faculté prédominante, en trois types : les sensibles^ les intellectuels, les volontaires. L'âme sensible n'a pas nécessairement en partage une grande intelhgence et elle peut manquer d'énergie. — L'esprit peut s'aUier à un cœur sec et à une volonté

molle. — Une âme ferme n'est pas toujours soutenue par une vive sensii»ilité et éclairée par une intelligence pénétrante.

3° Souvent opposés les uns aux autres : l'émotion paralyse la pensée, la passion trouble l'intelligence ; — l'occupation de l'esprit peut guérir ou calmer des douleurs physiques ou morales (vg. un amateur d'échecs trompait sa goutte en jouant ; le souci des affaires dissipe la tristesse) ; — la réflexion modère la passion ; — le désir et la volonté sont souvent en lutte (vg. l'amour et le désir dans les tragédies de Corneille) ; — une grande subtilité d'esprit rend indécis pour l'action, parce qu'un esprit subtil découvre tant de raisons pour et contre qu'il y a pour la volonté embarras du choix.

La classification généralement admise ne pèche donc pas par excès ; il faut admettre au moins les trois classes de phénomènes que nous avons distinguées. Elle ne pèche pas non plus par :

B) Défaut : il n'est pas nécessaire d'admettre d'autres classes ; il n'en faut pas plus de trois ; cette classification est suffisante, car il n'est aucun phénomène psychologique qui ne soit ou sensible ou intellectuel ou i>olitif. JouFFROY (^) et Garnier (2) ajoutaient trois autres ordres de faits, mais inutilement :

1° Les penchants primitifs : ils rentrent dans les faits sensibles. Ils sont en effet le principe de toutes nos affections, car sans eux tout nous serait indifférent et les choses ne nous causeraient aucune émotion ; ils forment le côté actif de la sensibilité, sans lequel le plaisir et la douleur ne sauraient se comprendre (17, III).

2° La fonction locomotrice : les mouvements que nous exécutons, ou bien sont voulus, et alors ils ne sont que l'expression d'un fait de détermination libre ; ou bien sont involontaires, et alors ils peuvent être la conséquence de n'' importe quel état de conscience : tout phénomène psychologique, sensation, image, idée, désir, etc. peut produire des mouvements capables de le réahser : vg. la sensation d'une brûlure nous fait retirer le bras ; Vimage d'une substance nauséabonde provoque le vomissement ; la simple perception d'un mot met en jeu l'organe vocal ; la pensée s'accompagne de certains jeux de physionomie et même parfois de gestes, etc. Si l'on désigne par « idée », selon la manière cartésienne, tout état psychologique en général, on peut dire que toute idée est une force, qu'elle est capable de provoquer un mouvement. Donc, en vertu de l'union de l'àme et du corps, le pouvoir moteur est inhérent à tout phénomène psychologique ; il est par conséquent inutile de recourir à une fonction psychologique spéciale (124, § IV).

(') JOTJFFROY, Mélanges philosophiques : Psychologie, V, p. 350. (•) Ad. Gahnier, Traité des facultés de l'âme, T. I, L. II.

(9) DÉTERMINATION DES FACULTÉS DE l'aME 37

30 Le langage ou faculté expressive : il suppose : a) un organe pJujsiologique, qui n'intéresse pas la psychologie ; — b) des idées à exprimer, dès faits intellectuels ; — c) certaines tendances naturelles, comme l'instinct de sociabilité, la sympathie, qui sont des faits affectifs ; — d) la résolution de nous servir de la parole, qui dépend de la volonté. — La classification proposée n'est donc pas seulement nécessaire, elle est suffisante.

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