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ROLE ET IMPORTANCE DE L'HABITUDE

L'habitude étant coextensive à toutes nos facultés, son rôle est immense : quels sont ses avantages et ses inconvénients ?

A. — Bienfaits et services : elle est la condition :

I. — De la continuité de la vie humaine : grâce à elle l'homme accumule et conserve les résultats sans cesse accrus de son activité. « Pour l'être capable d'habitudes, il n'est pas vrai de dire que le passé n'est plus » (^), car aucun de ses eiïorts n'est perdu ; il en reste quelque trace. C'est le cas de rappeler le mot déjà cité de Leibniz : « Le présent est gros de l'avenir et chargé du passé » (^). L'habitude est ainsi une force accumulatrice qui fait l'unité de la vie.

IL — Du progrès dans les domaines divers de V activité :

a) Sans elle les actes exigeraient toujours les mêmes efforts, ils seraient toujours aussi hésitants et aussi imparfaits ; il faudrait sans cesse recommencer ; la vie serait un apprentissage continuel. Le découragement nous gagnerait vite, spécialement en ce qui regarde la vertu, si la pratique coûtait toujours autant de peine.

b) L'habitude rend faciles et rapides des actes compliqués ; c'est pourquoi, dispensés de surveiller ces actes, la réflexion et la volonté peuvent porter leur effort sur d'autres points.

III. — De toute éducation : il faut faire contracter, dès le jeune âge. de bonnes habitudes physiques, intellectuelles et morales ; sinon les mauvaises prennent les devants et le dessus. L'œuvre de l'éducation est double : d'une part, surveiller la formation des habitudes dans l'enfant, l'empêcher d'en acquérir de mauvaises ; d'autre part, corriger ses habitudes défectueuses, et, pour cela, lui en faire prendre d'autres qui soient bonnes. C'est ainsi que l'habitude lutte contre l'habitude et la détruit.

B. — Inconvénients et Dangers : I. — En diminuant l'effort, elle diminue la conscience, qui est proportionnée à l'effort employé pour accomplir les actes. C'est par là qu'elle se rapproche de l'instinct, en devenant automatique et machinale.

IL ^ — Rendant les actes plus nécessaires, elle peut diminuer grandement la liberté. L'habitude est donc dangereuse, puisqu'elle soustrait nos actes à l'empire de la réflexion et de la volonté ; elle peut dégénérer en mécanisme et en routine, source de décadence,

C. — Remèdes : pour prévenir ces résultats fâcheux, il faut réagir par la réflexion et V esprit d'initiative :

(') A. Lemoixe, L'habitude et l'instiyict. (') Nouveaux essais... Préface, p. il.

(223) l'uABITUDE, LA LIBERTÉ ET LA MORALITÉ 425

a) L'attention peut se porter soit sur des faits nouveaux non habituels et leur donner une force qui s'oppose au développement excessif des anciennes habitudes, soit sur les faits habituels eux-mêmes, maintenir leur intensité et leur durée et par conséquent la conscience qui les accompagne.

b) ]j imagination active et la volonté, puissances initiatrices du progrès, doivent intervenir pour empêcher l'habitude de tomber dans la routine. C'est ainsi qu'on peut écarter ou corriger les mauvais eiïets de l'habitude.

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