C. — NATURE DE LA PAROLE
Nombre de philosophes regardent le langage articulé de la parole comme un langage artificiel. En effet, quelques-uns des caractères des signes naturels ne sauraient convenir à la parole : les langues ne sont point des signes spontanés, instinctifs et faciles à interpréter ; elles ont une tendance analytique ; elles sont moins aptes à exprimer les sentiments que les idées ; presque tous leurs mots sont abstraits. Ces différences empêchent, ce semble, de ranger la parole parmi les signes naturels.
D'autre part, certains caractères essentiels des signes artificiels ne paraissent pas convenir davantage à la parole ; vg. la convention libre. On conviendra, par exemple, que telle terminaison signifiera, en chimie, les sels, etc. Rien de pareil pour les langues humaines. Comme Condillac lui-même le reconnaît, les hommes n'ont pas dit : faisons une langue (^).
Aussi quelques philosophes ont été amenés à ne ranger la parole ni parmi les signes artificiels, ni parmi les signes naturels, mais à lui donner entre les uns et les autres une place intermédiaire. En effet, les langues ne sont pas artificielles au même sens que la nomenclature chimique ; elles ne sont pas non plus naturelles comme les cris, les larmes et les gestes spontanés. Le naturel et l'artificiel ne s'opposent complètement que dans l'abstrait ; mais dans la réaltié, dans toutes ses œuvres, l'homme les rapproche et les unit. Ainsi, l'homme doit à la nature la tendance instinctive à émettre des sons articulés pour manifester aux autres ses états intérieurs ; mais l'intelUgence et la volonté humaines ont contribué au développement des langues (229, § E). En somme, on peut conclure que les langues relèvent à la fois du langage naturel et du langage artificiel.
Conclusion : il ne faut pas confondre entre eux :
1° Le signe : tout phénomène extérieur qui en rappelle un autre, quel qu'il soit., est un signe. Les nuages sont signe de pluie. C'est la notion la plus générale.
-2° Le langage : c'est un signe spécial. Il exprime les phénomènes psychologiques ; qu'il soit naturel ou conventionnel., qu'il soit mimique., écrit ou oral. Tous les signes ne sont donc pas un langage, mais tout
(M Logique, 11= P., Ch. III.