I. — La nature des signes, en
A) Langage d'action C^) : consistant dans les jeux de la physionomie et les gestes du corps. C'est la mimique, en usage surtout chez les sourdsmuets qui ont un double langage : i° naturel — 2" artificiel, inventé par I'abbé de l'Épée et I'abbé Sicard.
B) Langage écrit (^) : système de figures pour représenter la pensée aux yeux d'une façon durable. Il y a deux sortes d'écritures :
1° Idéographique : elle est : a) Figurative, quand elle dessine les objets.
b) Symbolique, quand elle les exprime par des emblèmes : vg. le chien représentant la fidéhté. Telle est l'écriture des Chinois, des Égyptiens. — Indépendante du langage parlé, elle a l'avantage d'être comprise par des gens qui ne savent pas la même langue ; mais elle est très compHquée et le nombre des mots est ilhmité. — Les Occidentaux n'ont conservé de signes idéographiques que pour l'arithmétique, l'algèbre, etc.
(') Max MÙLLER, La science du langage, y'ouvelles leçons sur la science du langage. — Lemoine, De la physionomie et de la parole. — Charma, £ssat sur le langage. — Chaignet, La philosophie de la science du langage étudiée dans la formation des mois. — A. Darmesteter, La vie des mots étudiée dans leurs si gnifica lions. — Bourdon, L'expression des émotions et des tendances dans le langage. — S. Mill, Système de Logique... L. I. — Gratry, La connaissance de l'âme, L. II. — Palmieri, Anihropologia, p. 530-539. — D. Pezzi, Introduction à i'étude de la science du langage. — Dugas. Le psillacisme et la pensée symbolique.
(*) Ledos, La 2)hysionomie humaine. — P. Mantegazza, La physionomie et l'expression des sentiments. — Pidkrit, Mimique el Physiognomonie.
(') Berger, Histoire de l'écriture. — Cf. Revue des Deux Mondes, l" sept. 1875, uo article de M. Maury.
2" Phonétique (^) : chaque caractère ne signifie plus une idée, mais un son ('fwvvi). Elle est :
a) Syllabique, quand les signes représentent une syllabe : vg. l'écriture (les Assyriens.
b) Alphabétique (^), quand les signes représentent des sons simples, voyelles ou consonnes : vg. écriture des Phéniciens qui a été adoptée par les Juifs, les Hellènes, les Latins, etc.
Les hiéroglyphes sont un mélange des diverses écritures, figurative, symbolique et phonétique.
C) Langage oral : la parole est un ensemble de niois^ c'est-à-dire de sons articulés et significatifs (^). Elle a pris difTérentes formes qu'on appelle langues. C'est le langage le plus avantageux. Le langage d'action et le langage écrit ne sont pas utihsables dans l'obscurité ; les sons s'entendent la nuit comme le jour. — La variété et la rapidité de la parole sont très grandes. — La parole est vivante, tandis que l'écriture est morte ; mais en revanche celle-ci traverse l'espace et le temps (*) : Verba volant^ scripta manent.
IL — Le rapport des signes aux états de conscience exprimés, en :
A) Langage naturel : qui se compose de signes que les hommes emploient spontanément ; vg. langage d'action, sons inarticulés.
B) Langage artificiel : qui se compose de signes convenus ; vg. nomenclature chimique ; signes algébriques ; les langues, bien qu'elles aient leur fondement dans les facultés naturelles de l'homme.
§ B. — LANGAGENA TUREL ET LANGA GE CONVENTIONNEL
1. — Le langage naturel est : 1° Universel : tous l'emploient ; tous le comprennent après une rapide expérience (227) : vg. rires, larmes.
2o Synthétique : un geste peut indiquer toute une série de mouvements à exécuter ; vg. geste d'un chef d'armée.
30 Expressif et émotionnel : il rend à merveille les sentiments et les passions.
{') Regnaud, Évolution phonétique du langage, dans la. Revue philosophique, 1889, t. t. — RoussELOT, La phonétique expérimentale, dans le Bulletin de l'Institut catholique de Paris, Nov. 1894.
(.-) Fr. Lenormant, article Alphabet, dans le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de Dareniberg et Saglio. — ■ D"' Marage, Théorie de la formation des voyelles.
(') H. DE Meyer, Les organes de la parole.
{*) Platon : « Si on interroge l'écriture, elle garde le silence avec dignité ; si on vient à l'attaquer ou à l'insulter sans raison, elle ne peut se défendre, car son père n'est pas là pour la soutenir » (Phèdre). — Cf. Destutt de Tragy, Idéologie, P. i, ch. xvir, où il montre la supériorité du langage vocal. — Vacant, Paro(e e/ langage, {Annales de philos, chrét. 1890). — Binet, Les révélations de l'écriture.
II. — Le langage artificiel est : 1° Particulier : il faut pour le comprendre un certain degré d'instruction et un apprentissage plus ou moins long.
2° Plutôt analytique : il décompose la pensée en ses éléments.
3° Conceptuel : seul il peut exprimer les idées abstraites et générales.