A. — INVENTION CONVENTIONNELLE
l. — Exposé : si l'on en croit Proclus (^), Démocrite regarderait le langage comme une institution arbitraire et artificielle. Après une période plus ou moins longue de vie solitaire, un homme mieux doué
(M De Gahdaillac, Études de philosophie, T. II, p. 226. — Cf. de Bonald, Législation primitive, L. I, ch. i, § 7 : « Les images et les mots sont plus que les signes de nos pensées ; ils en sont l'expression, et de là vient que les mots s'appellent des expressions et que l'on dit, avec raison, d'un homme qui parle : Il s'exprime bien ou mal.»
(*) Cette question soulève deux problèmes distincts : a) Comment, en /ait, le langage a-t-il commencé ? C'est le problème historique. — b) Comment le langage a-t-il pu commenmencer ? C'est le problème philosophique, le seul qui nous occupe ici : il envisage la question au point de vue de la possibilité. Le problème historique ne peut être résolu qu'au moyen de documents positifs. Certains auteurs allèguent comme document un texte de la Bible : on lit dans la Genèse qu'après la création des animaux de la terre et des oiseaux du ciel, Dieu les amena au premier homme ut videret quid vocaret ea ; omne enim quod vocavit Adam animse viventis, ipsum est nomen ejus. (C. 11, v. 19). Il ressort seulement de ce texte que ce n'est pas Dieu, mais Adam lui-même qui imposa leurs noms aux êtres créés ; il montre Adam parlant, mais laisse intacte la question de l'origine du langage. — Eunomids ayant accusé saint Basile de nier la Providence parce que ce Docteur attribuait à l'homme l'invention du langage, saint Grégoire de Nysse lui répondit : « De ce que Dieu a donné à la nature humaine ses facultés, il ne s'ensuit pas que Dieu produise toutes les actions que nous accomplissons. Il nous a donné la faculté de bâtir une maison et de faire tout autre ouvrage : mais c'est assurément nous qui sommes les constructeurs, et non pas lui. De même la faculté de parler est l'œuvre de celui qui a ainsi formé notre nature ; mais l'invention des mots pour nommer chaque objet est l'œuvre de notre esprit ». {Contra Eunomium, Liv. XII, MiGNE, P. G, T. 45, col. 995). — Cependant, en général, les philosophes catholiques, tout en reconnaissant la possibilité de l'invention du langage par l'homme, admettent qu'en, fait c'est Dieu qui a donné à Adam la science infuse du langage.
(') P. Regnaud, Origine du langage. — Renan, Origine du langage. — Zaborowski, L'origine du langage.— Whitney, La vie du langage. — P. Regnaud, Logique évolutionniste.
(*) Commentaire sur le Cratyle, § 16. — -A. Smith (Essai sur l'origine du langage) soutient aussi l'opinion de la création artificielle du langage.