ORIGINE DU LANGAGE : INSTINCT PHILOLOGIQUE
Réponse : i° Bonald se fait la partie belle pour prouver l'impossibilité de rinvention du langage : il suppose, en effet, qu'il aurait fallu le créer de toutes pièces artificiellement. Nous montrerons plus loin qu'en admettant que l'homme débute par le langage naturel, il s'en suit que les langues peuvent être le développement progressif de ce langage spontané. Dès lors, il n'y a plus d'évidente impossibilité comme dans l'hypothèse forgée par de Bonald.
2^ On répond ensuite à de Bonald en prouvant, contrairement à son assertion, que l'homme peut penser sans paroles (231) et conséquemment que la pensée est réellement antérieure au langage. Mais il faut noter que de Bonald reconnaît expressément, nous l'avons vu, Vantériorité logique de la pensée.
30 Son système suppose l'innéité des idées, qui « vivent en nous latentes ». On peut donc faire valoir contre lui les objections apportées contre la théorie des idées innées (175). De plus, pour que les mots puissent éveiller les idées, Bonald est obligé d'admettre une « merveilleuse correspondance » entre les uns et les autres. Gomment exphquer alors, depuis la modification du langage primitif, que les mots, qui dilTèrent selon les langues, évoquent des idées identiques ?
B) L'homme, dit encore de Bonald, est essentiellement sociable ; or le langage est indispensable pour vivre en société. Dieu a donc dû créer l'homme avec le langage, nécessaire instrument de toute relation sociale, comme il l'a créé avec la vue et l'ouïe.
Réponse : de ce que l'homme est un être sociable on doit conclure non qu'il a été créé parlant, mais capable de parole.
Conclusion: c'est le cas de répéter avec Bossuet : « Toute erreur est fondée sur quelque vérité dont on abuse » {}). Bonald avait sans doute été frappé du grand rôle que le langage a dans l'éducation de l'enfant et dans les méditations de l'homme fait (^). Mais de là à soutenir que l'idée est donnée par le mot, ou même que l'enseignement oral est absolument indispensable pour penser, il y a un abîme (231).