‹ Traité de philosophieChapitre 468 sur 921 · ORIGINE DU LANGAGE : RÉVÉLATION DIVINE · texte numérisé non relu

ORIGINE DU LANGAGE : RÉVÉLATION DIVINE

par laquelle ces idées ont été transmises de père en fils. Voilà le traditionalisme.

Actuellement, quel est le rôle du langage dans l'éducation ? D'après de BoNALD, la faculté de penser est native en l'homme, les idées sont innées en nous ; mais elles sommeillent ; elles sont à l'état latent, en puissance dans l'âme. Les mots les éveillent, les font passer de la puissance à l'acte, les manifestent à l'âme. Le langage a donc un véritable pouvoir créateur : « Tous les jours l'esprit de l'homme est tiré du néant par la parole. » Les idées existent en nous ; mais elles ne nous sont connues que par les mots qui les révèlent. C'est ainsi que « l'esprit n'existe ni pour les autres ni pour lui-même avant la connaissance de la parole » (}).

Avons-nous fidèlement interprété la pensée du philosophe ? Pour s'en convaincre, il suffit de le citer : « L'idée suppose le mot, m'est donnée par lui, leur apparition est simultanée. Cependant l'idée doit être antérieure au mot, car tout objet est nécessairement antérieur à son image. Logiquement, l'idée est antérieure au mot, c'est vrai ; mais, en fait, elle n'apparaît à la lumière de la conscience qu'avec le mot et par lui. Les idées vivent en nous latentes, inaperçues, hors du temps ; les mots, par une merveilleuse correspondance, par une sorte d'association préétabhe, ont la vertu de les faire passer à l'acte, de les amener à la lumière de la conscience. La pensée se manifeste donc à l'homme ou se révèle avec l'expression et par l'expression. » C'est pourquoi « il est nécessaire que l'homme pense sa parole avant de parler sa pensée » {^). On l'a remarqué avec raison (^), cette théorie rappelle par certains côtés le platonisme : chez Platon, c'est le phénomène sensible qui fait souvenir de l'idée (173) ; pour de Bonald, c'est le mot qui évoque l'idée.

Tout le système repose donc sur la solution qu'il a donnée à la question de l'origine du langage. Voici les principaux arguments apportés en faveur d'une révélation divine.

II. — ■ Arguments : A) L'invention du langage dépasse absolument les forces humaines. En effet, la parole est un mécanisme complexe qui suppose des règles variées et des combinaisons multiples. Pour concevoir et coordonner un pareil ensemble de signes articulés, il faudrait beaucoup de réflexion ; mais l'emploi de la réflexion suppose une intelligence très développée et le développement de l'intelligence exige l'usage de la parole. Il y a donc flagrante contradiction entre le degré de force intellectuelle requis pour créer une langue et l'état de faiblesse intellectuelle où languit l'homme privé de la parole. L'homme est par conséquent radicalement incapable d'inventer le langage.

(M Recherches philosophiques sur les premiers objets de nos connaissances, cli. ii.

(') Législation primitive, Discours préliminaire, § 1.

(') V. Egger, La parole intérieure, cli. I, § IV, p. 24, Paris, 1904-.

Page 1