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ORIGINE DU LANGAGE : INSTINCT PHILOLOGIQUE

dire que la parole est due à un instinct spécial^ en vertu duquel les mêmes idées s'associent naturellement aux mêmes mots dans tous les esprits. On a justement remarqué que ce système peut s'appeler la révélation naturelle i}) et qu'il se ramène à la théorie de la révélation surnaturelle proposée par de Bonald, puisque cet instinct philologique est un don de la nature, c'est-à-dire de Dieu, comme le reconnaît expressément Renan : « Le véritable auteur des œuvres spontanées de la conscience, c'est la nature humaine ou, si l'on aime mieux, la cause supérieure de la nature {^).

Reid, Jouffroy et Garnier admettent, parmi les facultés primitives, la faculté expressive, c'est-à-dire la faculté de s'exprimer par des signes.

Pour Renan, la parole est « naturelle et quant à sa production organique et quant à sa valeur expressive «. Tout en regardant le langage comme une production spontanée de la raison, il fait la part très large à l'onomatopée et à la métaphore analogique.

Mais c'est M. Mijller qui a le mieux exposé la nature de Vinstinct philologique, créateur du langage. D'après lui, c'est une loi de l'esprit que l'idée générale appelle le mot correspondant. Par exemple, les idées d'aller, de labourer, de donner, de broyer, etc., ont suggéré les racines i, nr, dâ, mar. Le savant philologue cherche à prouver cette thèse par l'analyse des langues existantes. Or le résidu de cette analyse comprend quelques centaines de racines abstraites et générales : « Les quatre ou cinq cents racines qui nous restent, après l'analyse la plus minutieuse, comme éléments constitutifs des différentes familles de langues, ne sont ni des interjections, ni des onomatopées. Ce sont des tijpes phonétiques produits par une puissance inhérente à l'esprit humain. Ces racines ont été créées par la nature, comme dirait Platon, mais avec le même Platon, nous nous hâtons d'ajouter que par la nature nous entendons la main de Dieu... Dans son état primitif et parfait... l'homme possédait la faculté de donner une expression articulée aux conceptions de sa raison... C'était un instinct, un instinct mental aussi irrésistible que tout autre. En tant qu'il a été produit par cet instinct, le langage appartient clairement au domaine de la nature » (^).

II. — Critique : 1^ L'argument philologique sur lequel s'appuie Max Mûller a été fortement contesté par Michel Bréal (*). D'après ce dernier, les racines abstraites et générales qu'on peut dégager des langues existantes, ne constituent pas les éléments primitifs du langage. Elles ne seraient, au contraire, que des débris de substantifs antérieurs,

(M Rabier, Psychologie, ch. xliii, p. 598. (') Renan, Op. cit., p. 94.

(») Max MliLLEB, Op. cit., p. 460-461, 3« Édit, Paris, 1876.

(♦) Mélanges de mythologie et de linguistique : Les racines indo-européennes, p. 402 sqq., Paris, 1877.

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