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ORIGINE DU LANGAGE : ÉLABORATION PROGRESSIVE

collaboration des facultés humaines. C'est notamment rupiniou de Ravaisson (1), de Rabier ('^), du philologue américain Whitney {^). Cette doctrine se retrouve, plus ou moins en germe dans Platon (*), Leibniz (^), Condillac (^), le président de Brosses C), Maine de BiRAN (^).

11 faut noter tout d'abord, disent les partisans de ce système, que la langue primitive n'avait ni la complication, ni la perfection des langues actuelles. Cette remarque préliminaire faite, voici comment ils tâchent d'expliquer l'évolution du langage :

10 L'homme naît avec la faculté de parler. Être sociable, il éprouve naturellement le besoin d'exprimer ses émotions et ses désirs et il se sert spontanément de son organe vocal pour les manifester. Ce sont là des signes instinctifs, qui traduisent les états intérieurs : ils ne constituent pas encore un langage. Pour cela il faut que l'homme les reproduise avec V-intention de signifier les émotions dont ils étaient d'abord la manifestation spontanée. « Le passage de la vie animale à la vie intellectuelle ou active, dit Maine de BiRAN,se manifeste dans l'homme enfant au moment où il transforme les vagissements ou premiers cris de la douleur en signes d'appel, dont il se sert volontairement pour qu'on vienne à lui... C'est la première et véritable institution du langage. » C'est le langage naturel.

2° Être intelligent, capable d'abstraire et de générahser, l'homme perçoit le rapport du signe à la chose signifiée et s'élève ainsi spontanément à Vidée générale de signe comme moyen universel d'expression.

3° Guidé par cette idée, l'homme utihse d'abord les éléments que lui fournit le langage naturel : les interjections. Il reproduit intentionnellement les interjections spontanées pour signifier les émotions (vg. crainte, surprise, joie, douleur) qui les avaient causées. Puis il imite volontairement les bruits de la nature, les cris d'animaux, pour désigner les objets capables de les produire : ce sont les onomatopées : rà ovôaara \u\j.-f\[X'XT'x. (Aristote).

(*) Ravaisson, Bapporl sur la philosophie en France au XIX" siècle, § 31.

(2) Rabier, Psychologie, Ch. xliii, § 4.

(') Whitney, La vie du langage.

(*) Platon, Cratyle.

(') Leibniz, Nouveaux essais sur V entendement humain, L. III, Çli, i.

(') Condillac, Essai sur l'origine des connaissances huinaines. Pour se conformer à la tradition, il admet que Dieu révéla le langage à Adam et à Eve. Mais il fait ensuite cette supposition : quelque temps après le déluge, deux enfants se sont égarés avant d'avoir pu connaître aucun signe. Il ajoute : « Qui sait même s'il n'y a pas quelque peuple qui ne doive son origine à un pareilévénemenl?...La question est de savoir comment cettenation naissante s'est fait une langue. » Il se prononce en faveur d'un langage d'origine naturelle qui se perfectionne sous l'action du besoin. Cf. Essai... Il" P., sect. I. — Logique, 11^ P., ch. ii, m, t.

(') De Brosses, Essai sur la formation mécanique des langues.

(•) M. DE BiRAN, Œuvres inédites, t. III, p. 229 sqq.

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