ORIGINE DU LANGAGE : ÉLABORATION PROGRESSIVE
40) Enfin l'homme étend les mots ainsi formés à d'autres objets, grâce aux rapports de contiguïté dans le temps ou dans l'espace, de cause à effet, surtout de ressemblance ou d'analogie, qu'il découvre, rapports parfois très lointains et même imaginés. C'est donc principalement par la métaphore que les langues se sont développées.
Tels sont les « quatre stades successifs » (^) qu'on peut noter dans l'évolution du langage :
a) Emploi intentionnel de signes particuliers.
b) Conception de l'idée générale de signe.
c) Imitation volontaire des interjections spontanées et des bruits naturels.
d) Extension analogique {^) des mots ainsi créés à toute sorte d'objets. Les défenseurs de ce système le confirment en faisant remarquer que
les procédés indiqués sont ceux-là mêmes qu'emploient l'enfant pour se créer un langage, et l'humanité pour transformer les langues existantes. Voici, par exemple, la marche que suit l'enfant :
Premier pas : après avoir remarqué le résultat de ses cris, l'enfant criera volontairement pour qu'on s'occupe de lui : c'est le premier langage.
Deuxième pas : il arrive vite à comprendre qu'il est possible de tout exprimer.
Troisième pas : pour réahser cette idée et satisfaire le besoin qu'elle provoque, il se sert des moyens que lui fournit le langage naturel : les gestes et les sons. Pour désigner un objet présent, il le montre. Si l'objet est absent, il V imite : c'est V onomatopée. Pour signifier ses émotions et les objets qui les provoquent, il reproduit intentionnellement les interjections, par lesquelles il les a tout d'abord exprimées instinctivement.
Quatrième pas : enfin l'enfant appUque les mots dont il dispose à des objets nouveaux, quand il remarque entre ceux-ci et les objets déjà nommés des rapports quelconques. C'est ainsi qu'il appelle koko tous les oiseaux. On cite encore l'exemple des jeunes sourds-muets : Hvrés à eux-mêmes ils ont vite fabriqué une langue à la fois naturelle et conventionnelle. Il en serait a fortiori de même entre enfants ayant l'usage de tous leurs sens.
L'homme a reçu de Dieu tout ce qui est nécessaire pour la création du langage : la faculté de produire et d'entendre des sons articulés ; la faculté d'abstraire et de générahser, de juger et de raisonner ; la faculté de vouloir et de choisir les sons comme signes de ses états intérieurs. L'homme a donc pu faire à l'origine ce que font aujourd'hui les enfants.
Conclusion : le résultat des analyses psychologiques et des recherches
C) Rabier; Psychologie, ch. xliii, p. 601-609.
(«) V. Hexet, Étude sur l'analogie en général et sur les formations analogiques de la langue grecque.