PEUT-ON PENSER SANS LANGAGE
Le langage oppose ainsi à l'association naturelle par eontiguïté une association artificielle qui la contrebalance : l'association do la qualité avec le mot. C'est ainsi que le langage sert à fixer la pensée.
30 Instrument de généralisation et de classification : il faut faire pour la généralisation le même raisonnement que pour l'abstraction. La représentation des caractères communs, qui constituent l'idée générale, s'évanouirait aussitôt après la comparaison abstractive qui les a dégagés, si le mot ne permettait de rendre stable le souvenir de ces caractères et ne dispensait de les rechercher ultérieurement. Hamilton {^) a bien marqué ce rôle du langage : « Un signe est nécessaire pour donner de la stabihté à nos progrès intellectuels, pour fixer chaque pas de notre marche et en faire un nouveau point de départ pour de nouveaux progrès. Une armée peut se répandre sur un pays, mais elle n'en fait la conquête qu'en y étabhssant des forteresses. Les mots sont les forteresses de la pensée ».
Pour toutes ces raisons, c'est-à-dire parce que le langage est un instrument di analyse, di abstraction et de généralisation, il simplifie la pensée en substituant les mots aux images et aux idées. L'esprit n'a pas besoin de recommencer à chaque fois toute une série d'opérations ; il pense un signe, et c'est comme s'il pensait la chose.
II. — Le langage conserve et transmet la pensée, en tant qu'il est un :
10 Instrument de mnémotechnie : il sert à la conservation des idées et en facilite le rappel.
20 Instrument de communication : sans lui pas de société. Il sert à l'instruction et à l'éducation.
Conclusion : par la parole et surtout par l'écriture sont conservés et transmis d'âge en âge les trésors de la pensée humaine (sciences, lettres). C'est grâce au langage que l'humanité peut être considérée, selon le mot de Pascal, « comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement » (2), Le langage est donc un puissant moyen de progrès individuel et social.