‹ Traité de philosophieChapitre 479 sur 921 · B. — INFLUENCE DU LANGAGE SUR LA PENSÉE · texte numérisé non relu

B. — INFLUENCE DU LANGAGE SUR LA PENSÉE

1. — Le langage concourt à perfectionner la pensée, car il l'éclaircit» la fixe et la simplifie, en tant qu'il est un :

1° Instrument d'analyse : notre pensée est généralement synthétique au début ; elle enveloppe plusieurs éléments confondus. Or, si nous la développons, comme chaque mot n'exprime qu'un élément de l'idée simple, il nous faut décomposer cette pensée synthétique en ses divers éléments et exprimer chacun d'eux par un terme spécial. C'est ainsi que le langage éclaircit la pensée, car, selon la remarque de Montesquieu, « on ne sait bien ce que l'on a voulu dire que lorsqu'on l'a dit. »

2° Insti'ument d'abstraction : l'intelligence peut abstraire sans la parole, c'est-à-dire considérer une quahté spéciale d'un objet séparément des autres quahtés ; mais cette séparation dans la pensée ne correspond pas à une séparation réelle, car, en réahté, les qualités sont intimement unies dans le tout concret. Aussi, en vertu de leur association par contiguïté, l'ensemble des qualités tend à se reformer spontanément, quand l'opération abstractive est terminée. Il ne resterait donc rien du travail de l'abstraction qu'il faudrait recommencer sans cesse. Mais, par le langage, l'idée abstraite est hée à un mot et est fixée pour toujours.

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