I. — LES ÉCOLES ET LES SYSTÈMES
A) Ecole de Paris : le D'' Charcot et les médecins de la Salpêtrière assignent, comme Braid, une cause purement physiologique à l'hypnotisme. Le rôle de l'hypnotiseur se borne à provoquer la crise dans un sujet qui s'y trouve prédisposé par une maladie nerveuse. La grande hypnose, c'est-à-dire l'hypnotisme pleinement développé, ne peut s'obtenir que sur des sujets savamment entraînés. D'après Charcot, il faut y distinguer trois phases successives : catalepsie, léthargie, somnambulisme.
L — Catalepsie : la crise est produite en enjoignant au sujet de dormir C^) et en lui faisant entendre un bruit intense et inopiné ou en lui faisant fixer un objet brillant. L'état cataleptique est caractérisé par l'impassibilité, par la souplesse et la rigidité des muscles, ce qui leur permet de prendre et de conserver longtemps toutes les positions qu'on leur donne, même les plus incommodes. En outre, le sujet est suggestionné par les attitudes ou mouvements qu'on lui impose : vg. si on lui joint les mains, son visage se recueille comme pour la prière. Si on lui suggère l'idée de la colère, son corps prend une pose menaçante.
II. — Léthargie : pour obtenir l'état léthargique, il suffit de fermer les yeux du sujet. Conscience, mémoire, intelligence, volonté, toute vie psychologique semble abohe. Mais, en revanche, il y a surexcitation du système névro-musculaire. La moindre contact suffit pour déterminer la contracture des tissus sous-jacents et même des muscles qui ne sont pas soumis au commandement de la volonté.
III. — Somnambulisme lucide : pour faire passer le sujet de l'état léthargique au somnambuhsme, on n'a qu'à presser légèrement le sommet de la tête. L'hypnotisé devient insensible à la douleur : il y a
(M Ch. Richet, L'homme et l'intelligence. — Bernheim, De la suggestion et de ses appli' cations à la thérapeutique. — Beaunis, Le som.nam.bulisme provoqué. — Liégeois, De la suggestion et du somnambulisme dans leurs rapports avec la jurisprudence et la médecine légale. — Oghorovicz, De la suggestion mentale. — Pierre Janet, L'automatisme psychologique. — A. Binet et Ch. Féré, Le magnétisme animal. — - Gasc-Desfossés, Le magnétisme vital. — G. L. Duprat, L'instabilité mentale. — Coconnier, L'hypnotisme franc. — J. de BoNNioT, Le miracle et ses contrefaçons, II'" p., Ch. vi, Le merveilleux des cliniques. — ■ E. MÉRic, Le merveilleux et la science. — Portalié, L'hypnotisme au moyen-âge, dans la Revue les Études, 1892. — Ch. Hélot, Névroses et possessions diaboliques. — Moreau (de Tours), Psychologie morbide. — Azam, Hypnotisme et double conscience. — Grasset, Le Psychisme inférieur.
(^) On ne peut endormir quelqu'un, au début du moins, malgré lui, à moins qu'une maladie nerveuse ne l'ait déjà extrêmement affaibli. Mais il semble ressortir de certains faits qu'on finit par jeter dans le sommeil hypnotique, à son insu, un sujet longuement façonné. ^
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analgésie complète. Mais la vraie caractéristique de cet état, c'est le développement exceptionnel de la force musculaire et l'acuité extraordinaire des sens de l'ouïe et de la vue. La suggestion atteint son maximum de puissance dans cette troisième phase. On obtient le réveil soit par une injonction, en disant au sujet : réveillez-vous, soit en lui soufflant sur les yeux.
Bref, l'hypnotisme est un sommeil morbide, à trois phases successives. Sa cause est une maladie nerveuse ; les occasions qui déterminent la crise, sont la fixation d'un objet brillant et la suggestion du sommeil. Il n'est donc pas constitué par la suggestion, quoiqu'il soit un état très propice à son développement.
B) École de Nancy : elle est représentée par les docteurs Bernheim, LiÉBAULT, Beaunis, Liégeois. Cette école n'admet les trois phases signalées que chez les sujets souvent exercés. De plus, l'état hypnotique n'est pas un sommeil morbide ; non seulement il favorise la suggestibihté, mais il est l'effet direct de la suggestion.
Il résulte de cette manière de comprendre l'hypnotisme que sa cause est avant tout psychologique, qu'il n'y a pas de différence essentielle entre le sommeil hypnotique et le sommeil ordinaire et par conséquent que tout le monde est plus ou moins hypnotisable. On pourrait peut-être concilier les deux exphcations en disant que, si la cause principale et habituelle de l'hypnotisme est la suggestion, il faut cependant reconnaître que certains phénomènes proviennent uniquement de la maladie, qu'en tout cas un état névropathique est la condition nécessaire du développement intense de la suggestion. Il faut se rappeler, en effet, que le système nerveux a une influence directe sur l'imagination.