‹ Traité de philosophieChapitre 614 sur 921 · B. — CARACTÈRES ET CONDITIONS DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

B. — CARACTÈRES ET CONDITIONS DE LA SCIENCE

Toute science est une connaissance ; mais toute connaissance n'est pas une science. La science se distingue de la connaissance vulgaire par| la certitude, la généralité, l'enchaînement. La science en effet est : ']

L — Certaine: la connaissance vulgaire est souvent vague et douteuse;:] et, alors même qu'elle est certaine, elle ne peut rendre compte de sa certitude. — La science au contraire est certaine parce qu'elle repose sur^ des principes évidents et qu'elle n'admet que les conséquences qui e découlent nécessairement. Qu'elle déduise ou qu'elle induise, les résultats auxquels elle aboutit sont fondés en raison : elle en donne les preuves IL — Générale : la curiosité du vulgaire s'arrête aux faits, se borne à examiner les phénomènes, c'est-à-dire ce qui est particulier, passager,^ superficiel. La science veut dépasser les apparences pour aller au fotid des choses : elle est la connaissance des causes et des lois, c'est-à-dire de^ ce qui est général et permanent. En étudiant des faits, vg. la dilatationl de tels corps par la chaleur, le physicien tire les rapports constants de ces? faits, c'est-à-dire la loi de la dilatation des corps. De l'organisation de quelques êtres semblables, vg. chiens, le naturahste dégage les caractères constants, c'est-à-dire l'idée du genre ou du type, l'idée du chien en général. Il en est de même dans les autres sciences : elles aboutissent à des vérités générales, invariables, permanentes. Penser un type, c'est-à-dire une loi de coexistence (vg. type mammifère) c'est penser tous les individus qui le

(') Aristote, Derniers analytiques, L. I, cli. ii, § 1, traduction de Barlhélemy-Saint- Hilaire, Cf. L. II, C. x, § 1 : 'K-t\ 'Tî Irzia-zcfG^ot.'. oto'aeQa oTav sïowasv rJjv aÎTi«v... Cf. Métaphysique, L. I, ch. m.

(') B.vcoN, Novum organitm, L. II, Apbor. II.

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réalisent ; penser une loi de succession (vg. chute des corps) c'est penser tous les faits qui en sont l'expression. Les individus et les phénomènes sont au contraire limités dans le temps et l'espace ; ils paraissent et disparaissent. C'est pourquoi Socrate et Aristote ont dit depuis longtemps : « Il n'y a pas de science du particulier ; il n'y a de science (|ue du général (^). » Les Scolastiques ont dit équivalcmment : Non dalur scientia de indii'idiio. lYulhi est fluxonun scienlia.

III. — Enchaînée, méthodique, systématique : entasser des matériaux ce c'est pas construire un édifice. Ainsi des faits ou des propositions isolées et sans liaison sont les matériaux de la science, non la science même. La science est un enchaînement de propositions, d'êtres ou de faits. Le lien des propositions, ce sont les principes ; le lien des êtres, les types ; le lien des faits, les lois. On déduit les propositions les unes des autres et on les enchaîne par le raisonnement. On systématise la connaissance des êtres individuels et des faits particuliers en les rattachant à des rapports constants de coexistence ou de succession. C'est grâce à cette liaison rationnelle que les vérités particulières forment un tou( cohérent et deviennent un édifice scientifique, dont les parties, fortement cimentées entre elles, se soutiennent et s'expliquent mutuellement.

Ce qui produit dans la science cet enchaînement nécessaire, qui fait sa force et son unité, c'est la méthode. Ainsi le mathématicien rattache, par une série de déductions, la multiplicité des théorèmes aux principes de la démonstration : l'axiome et la définition. Le physicien ramène, par un ensemble d'inductions, la variété des faits particuhers à l'unité des lois qui les régissent, et la variété des lois secondaires à l'unité supérieure de lois plus générales. Connaître c'est, comme dit Platon, « faire de plusieurs un », ramener la diversité à l'unité. Mais c'est par la connaissance scientifique seule que cette réduction est vraiment réàhsée. Le rêve du savant serait même de condenser dans une formule unique, éminemment compréhensive, l'infinie variété des faits et la multiphcité des lois particuHères : ce serait la loi générahssime de l'univers. Un maximum de faits ou de propositions réduit à un minimum de lois et de principes : voilà l'idéal de la science.

La connaissance empirique manque au contraire d'enchaînement et 'd'unité. Le vulgaire a quantité d'idées particulières plus ou moins incohérentes : c'est un amas et non un tout bien ordonné. C'est donc [surtout par ses caractères de liaison et de généralité que la science diffère de la connaissance vulgaire. <c Plus une intelligence est élevée, plus le 'nombre de ses idées décroît, parce que cette intelligence d'éhte renferme dans un petit nombre d'idées ce que les intelligences d'un degré inférieur

(') Métaphysique, L. V, C. il, § 10. "'Ott fî'£7t[(7TT^;7.rj oCix £<TTC TOU (jujxSs^rixOTO;

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