‹ Traité de philosophieChapitre 618 sur 921 · CONNAISSANCE DT PARTICULIER ET SCIENCE DU GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

CONNAISSANCE DT PARTICULIER ET SCIENCE DU GÉNÉRAL

science. C'est pourquoi Socrate et Aristote disaient avec raison : ' Il n'y a pas de science du particulier, il n'y a de science que du iLrt'néral ('). »

^ A. — CONNAISSAXCE DU PARTICULIER

La connaissance du particulier est forcément pour nous :

I. — Inadéquate à son objet : il nous est en effet impossible :

A) De connaître tous les cas possibles, passés, présents et futurs, parce que leur nombre est indéfini.

B) De connaître à fond, d'épuiser la compréhension d'un seul individu, parce que cette compréhension est pour ainsi dire illimitée. C'est pourquoi l'individuel n'est pas définissable : Orn/ie indii'idunm inefjahile (11, § A). C'est l'idée de Pascal que nous ne savons le tout de rien (^). — Seule une intelligence infinie est capable d'une telle connaissance, seul Dieu est omniscient.

II. — Sans intérêt : ce qui est particulier et passager est accidentel ; or tout ce qui est accidentel intéresse faiblement l'esprit humain, parce qu'il n'en voit pas la raison. Sansdoute la série mouvante des phénomènes est un spectacle plein de charme pour l'imagination. Mais constater des phénomènes ne satisfait pas l'intelhgence. Elle veut atteindre les causes et les lois qui expliquent les faits ; or toute cause et toute loi ont un caractère de généralité et de permanence.

III. — Sans profit : la connaissance du particulier n'atteint pas la fin secondaire de la science : prévoir V avenir pour y pourvoir (39, C, III). D'un fait particuher, en tant que particulier, on ne peut rien conclure, car il n'y a pas deux faits absolument identiques dans la nature. Ce qui s'applique à tel individu pourra ne pas convenir à tel autre : toute prévision est nécessairement aléatoire. C'est ainsi, dit Aristote, que tel remède a guéri Callias ; mais qui m'assure qu'il guérira Socrate ? — La connaissance du particulier et du passager n'a donc aucun des caractères d'une connaissance parfaite.

Page 1