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CLASSIFICATIONS OBJECTIVES DES SCIENCES : A. COMTE

3° L'ordre est enfin pédagogique, c'est-à-dire qu'il faut étudier le^ sciences en suivant la série indiquée, parce que chacune d'elles, sous k rapport de sa méthode et de son ohjet, suppose l'étude de toutes celles qui la précèdent.

B) Critique : I. — Qualités : cette classification est remarquable plusieurs titres :

io Elle est fondée sur la distinction des objets.

2° Elle indique le vrai principe d'ordre hiérarchique des sciences : le' degré de complexité croissante des phénomènes et par conséquent de généralité décroissante.

3° Cet ordre hiérarchique représente aussi l'ordre didactique ou pédagogique^ celui dans lequel les sciences doivent être étudiées, car il faut, dans l'enseignement, aller du simple au composé.

II. — Défauts : mais elle est attaquable à d'autres points de vue :

1» H. Spencer (^) l'a vivement critiquée. Voici son principal grief : la série hiérarchique de cette classification ne représente pas fidèlement l'ordre historique du développement des sciences. Il y a. dit-il, entre les sciences, une action et une réaction mutuelles. Les découvertes d'une science influent sur les autres sciences, et leur progrès est souvent parallèle^ au lieu d'être successif, comme le prétend Comte. Spencer a raison de soutenir que le développement des sciences n'a pas la rigidité que semble lui attribuer Comte, car c'est un fait que les sciences constituées les premières ont bénéficié, dans la suite, des progrès des sciences venues après elles.

Il reste vrai pourtant que, à prendre les choses en gros et à n'envisager que les sciences cosmologiques, l'ordre indiqué par Comte correspond au développement historique : les Mathématiques étaient déjà fort avancées au temps d'EucLiDE ; V Astronomie se constitue à l'époque de Copernic ; mais la Physique ne date véritablement que de Galilée, la Chimie de Lavoisier, la Biologie de Bichat et de Claude Bernard.

Si l'on ajoute les sciences noologiques, il n'y a plus correspondance, car la Psychologie et la Morale commencent avec Socrate et Platon ; la Logique avec Aristote. Quant à la Sociologie, on ne peut nier que Platon [République et Lois), Aristote [Politique, Recueil de constitutions), Machiavel [Le Prince), Svakez [De legibus), Montesquieu [Esprit des lois) n'aient devancé Comte. H. Spencer lui accorde « d'avoir mis en lumière, avec une précision relative, la connexion entre la science de la vie et la science de la société ».

20 Cette classification ne fait pas de place à la philosophie. La philo-

(') The Genesis of Science, Londres, 1854. Classification des Sciences, § l, III, Tra-" «luction Rhétoré, Paris, 1888*. — Cf. Littré, Auguste Comte et la Philosophie posiiire. Part. II. Ch. VI, p. 28.5 sqq., Paris, 1864^

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[ sopliie, pour les Positivistes, n'est que la systématisation des sciences,

f (( le lien gênerai du savoir » (Littré) ; elle a pour unique objet d'établir

/. les relations de coordination et de subordination qu'ont entre elles les

\ diverses sciences. Or la philosophie n'a pas seulement cet objet que lui

fc- assigne Comte ; elle embrasse l'étude de l'âme et des règles à suivre pour

connaître le vrai, pratiquer le bien et réahser le beau {Psychologie^

Logique, Morale, Esthétique) ; elle comprend encore la critique des lois

de l'esprit et la recherche des causes que Comte déclare inconnaissables

{Métaphysique. Cf. Introduction à la philosophie, 1).

30 Comte avait d'abord enseigné que les lois supérieures se ramènent lux lois inférieures et qu'en dernière analyse toutes les lois sont réductibles aux lois mathématiques. Cette théorie mécaniste est appHcable aux sciences de la matière inorganique, car les lois physico-chimiques ])euvent se résoudre en formules mathématiques. Mais on ne saurait l'étendre aux phénomènes vitaux, et encore moins aux phénomènes psychologiques.

Comte enseigna d'ailleurs, plus tard, qu'il y a d'un ordre de lois à Tautre « un immense accroissement » (^) : les lois inférieures conditionnent nécessairement les lois supérieures ; mais elles n'en sont pas la condition suffisante : avec l'ordre plus élevé apparaît quelque chose de nouveau. Comte a donc reconnu avec raison que la vie n'était pas retluctible à la matière, la biologie à la physico-chimie ; l'être vivant |)Ossède ce qu'on trouve dans le corps inorganique, plus l'organisation, la vie. C'est parfait ; mais Comte aurait dû conséquemment aller plus loin, c'est-à-dire admettre aussi que la vie consciente psychologique n'est pas réductible à la vie physiologique. Au heu de cela, il a persisté H faire de la psychologie une branche de la biologie, niant la possibilité de l'observation interne et ne reconnaissant comme critérium de la science que l'expérience externe (93 § A). C'est par là que son Positivisme confine au matérialisme.

4° Le principe de généralité croissante n'est pas toujours bien appliqué par Comte : vg. on a contesté que l'Astronomie, placée avant la Physique, soit plus générale que cette dernière. En outre, l'ordre d'apparition de chaque science n'est pas non plus en harmonie avec le même principe : vg. l'Algèbre, plus générale que l'Arithmétique, lui est cependant postérieure ; il y a généralisation croissante de l'Arithmétique au Calcul difîérentiel, et pourtant l'Arithmétique était constituée antérieurement à la découverte de ce dernier.

50 La Physique et la Chimie se sont développées sans le secours de l'Astronomie. Or ce fait contredit l'ordre logique de dépendance mis en avant par Comte.

(M Cours de philosophie liositive (3« Édit.), T. VI, Conclusion générale, Leçon 59', 703-704. Paris, 18G9.

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