G04 RÈGLES DE LA MÉTHODE CARTÉSIENNE
Il entend l'évidence rationnelle et non celle qui résulte « du témoignage variable des sens ou des jugements trompeurs de l'imagination {^) )i. Cette première règle contient le principe de ce qu'on a appelé la révolution cartésienne : Descartes répudie le principe d'autorité pour lui substituer celui de l'évidence intrinsèque^ qui résulte de l'intuition de la vérité perçue immédiatement ou scientifiquement démontrée. Nous montrerons qu'il est allé trop loin dans son ardeur de réaction contre lés abus qu'on faisait de l'autorité d'ARisTOTE (128, § II).
2° Descartes indique ensuite les obstacles qui s'opposent à la claire vue de l'évidence : la précipitation, qui porte les esprits légers à juger sans réflexion ; — la prévention, qui nait des préjugés, des passions, surtout de l'amour-propre. Ce sont les deux causes moi'ciles de l'erreur. Descartes insinue là sa théorie que c'est la volonté libre qui juge, parce que c'est elle qui donne ou refuse son assentiment aux idées présentées par l'intelligence. L'erreur consiste dans la disproportion entre ce que l'intelligence aperçoit et ce qu'affirme la volonté. Les causes qui poussent la volonté à dépasser les aperceptions de l'intelligence sont précisément la prévention et la précipitation. Nous avons prouvé en Psychologie que le jugement est l'acte essentiel de V intelligence (148, § B).
3° Pour être sûr de ne pas se tromper, il ne faut comprendre dans ses jugements que les idées claires et distinctes, c'est-à-dire les natures simples, les éléments irréductibles de l'intelligence.
II. — Règle de l'analyse : « Diviser chacune des difficultés que j'examinerais, en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour les mieux résoudre. « — Avant de juger, il faut attendre la perception claire et distincte. Or, pour arriver à la clarté et à la distinction des idées, il faut employer l'analyse. Descartes en indique les deux moments : la division qui est le moyen, la résolution des difficultés qui est le but. L'esprit humain est trop faible pour saisir dans une intuition unique les vérités complexes : il faut diviser le travail. En effet, les idées claires par elles-mêmes, que Descartes appelle natures simples C^), sont mêlées à des idées obscures. Il faut les dégager, par Yanalyse, de ce mélange, et l'on arrive ainsi aux éléments derniers et irréductibles de la connaissance, dont l'évidence s'impose à l'esprit.
III. — Règle delà synthèse : « Conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degrés jusques à la connaissance des plus composés et supposant même de l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres. » — Vanalyse va du composé au simple, c'est-à-dire que, partant de notions obscures et confuses, elle les
(') Descartes, Règles pour la direction de l'esprit, III", n. lî. Cf. l'édiUon Garnier. (') Règles pour la direction de l'espril, Xll'.