RÈGLES DE LA MÉTHODE CARTÉSIENNE
éclaircit en les ratLachant à d'autres notions claires et dislincles. La synthèse va du simple au composé, c'est-à-dire que, partant de notions claires et distinctes, elle s'en sert pour éclaircir d'autres notions obscures et confuses. L'analyse décompose et l'ournit les éléments simples des choses à la synthèse, qui lui succède et coordonne ces éléments pour en composer l'édifice de la science.
Descartes insiste sur l'ordre, d'après lequel il faut procéder dans toute recherche scientifique : il faut aller, par degré, du connu à l'inconnu, du facile au difficile. Cette prescription « doit être gardée par celui qui veut entrer dans la science aussi fidèlement que le fil de Thésée par celui qui voudrait pénétrer dans le labyrinthe (^) ». La raison est tellement « amie de l'ordre » qu'elle le suppose là même où elle ne l'aperçoit pas encore. C'est reconnaître l'importance de l'hypothèse méconnue par Bacon. Quand le savant ne voit plus l'ordre naturel des vérités, il recourt à l'analyse pour découvrir une hypothèse qui serve de lien logique entre les idées complexes qu'il s'efforce de coordonner. C'est ainsi qu'à l'aide d'analyses partielles, aboutissant à des hypothèses ou explications provisoires, la synthèse interrompue peut se continuer.
Le fondement de cette règle est dans la conviction qu'a Descartes que l'ordre existe dans le monde. A ses yeux le monde est un ensemble d'éléments intelligibles associé» selon des rapports intelligibles. Tout étant lié dans la nature, tout doit l'être également dans l'esprit. « Les connaissances qui ne dépassent pas la portée de l'esprit humain sont unies entre elles par un lien si merveilleux et peuvent se déduire l'une de l'autre par des conséquences si nécessaires qu'il n'est pas besoin de beaucoup d'art pour les trouver, pourvu qu'en commençant par les plus simples on s'apprenne à s'élever par degrés jusqu'aux subhmes (-). »
IV. — Règle de l'énumération : « Faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales que je fusse assuré de ne rien omettre. » — L'énumération n'est pas un procédé nouveau ajouté à l'analyse et à la synthèse ; c'est la condition commune d'une bonne analyse et d'une bonne synthèse ; c'est la condition essentielle de toute démonstration rigoureuse ; c'est aussi un moyen de contrôle et de vérification, analogue à ce que l'on nomme la preuve en arithmétique. En effet :
A) En dehors des déductions ou des réductions, qu'une simple intuition suffit à saisir, la démonstration présente ordinairement une série de raisonnements enchaînés. Il faut se rendre compte de chacun des intermédiaires employés, pour voir si l'enchaînement est continu, car si un seul des anneaux de la chaîne manque, la chaîne est rompue : il
(M Règles pour la direction de l'espril, V^, n. 23.
{') Descautes, Recherche de la vérité par les lumières naturelles, n. 31.
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n'y a pas de démonstration (^). Dans l'édition latine du Discours de la Méthode, Descartes caractérise cette opération par ces mots ajoutés au texte : Tum in quœrendis mediis. Il la décrit en disant qu'il faut parcourir " toute la série des moyens termes par un mouvement continu de l'ima- ^;ination en sorte qu'à la fois elle en voie un et passe à l'autre, jusqu'à ce qu'on ait appris à passer du premier terme au dernier assez rapidement pour paraître, presque sans le secours de la mémoire, les saisir tous d'un coup d'œil C^). » On arrive ainsi, après l'énumération des intuitions partielles et successives, à une intuition d'ensemble.
B) Toute analyse et toute synthèse supposent une énumération préalable et complète des difficultés du problème. « Pour qu'une question soit parfaite, nous voulons qu'elle soit entièrement déterminée, en sorte que nous ne recherchions rien de plus que ce qui peut se déduire des notions données (^). »
Le savant doit avant tout bien circonscrire son objet, bien poser la question, c'est-à-dire voir s'il n'oubhe aucune circonstance, aucune donnée. Autrement le résultat sera inexact par omission : il ne sera pas une réponse à la question proposée, parce que le savant aura laissé hors de ses prises en considération quelque élément de l'objet complexe qu'il examinait. Descartes indique cette précaution nécessaire par ces mots latins ajoutés encore au texte français du Discours : Tum in difficultatum partibus percurrendis.