B. — VUE D'ENSEMBLE
La première Règle indique le critérium de la vérité : l'évidence. Pour qu'il y ait évidence, il faut que la raison perçoive clairement et distinctement les idées. Descartes appelle cet acte de la raison, percevant directement la vérité, intuition (^).
La 2® et la 3<^ Règles indiquent les deux procédés de la méthode générale : l'analyse et la synthèse. D'après Descartes, il y a deux sortes de choses dans le monde : les unes sont composées ou relatives ; les autres sont simples ou absolues, comme les actes de connaître, de douter, de vouloir, l'existence, la durée, l'unité, la figure, l'étendue, le mouve-
(-) Règles pour la direction de l'espril, VII', n. 35.
(=) Règles pour la direction de l'esprit, VU", n. 34. — Descautes appelle aussi Venumêralion une induction : « L'énumération ou induction est donc la recherche de tout ce t[ui se rattache à une question donnée ». Ibidem, n. 37.
(') Règles pour la direction de l'esprit, XIII, n. 97.
(•) '< J'entends par intuition, non la croyance au témoignage variable des sens ou les jugements trompeurs de l'imagination, mauvaise régulatrice, mais la conception d'un esprit sain et attentif, si facile et si distincte qu'aucun doute ne reste sur ce que nous comprenons '. {Règles pour la direction de l'esprit, III', n. i-2).
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ment, etc. ('). Le monde est composé d'éléments intelligibles associés selon des rapports intelligibles. Le problème scientifique consiste à décomposer les choses en idées claires et distinctes (c'est V analyse) et à recomposer les choses en saisissant les rapports logiques qui unissent ces idées entre e]l(>s (c'est la sijnlhèse). Descautes résume cette double opération en disant : « Ramener graduellement les pi'opositions embarrassées et obscures à de plus simples et ensuite partir de l'intuition de ces dernières pour arriver, par les mêmes degrés, à la connaissance des autres (-). " Ainsi, quand on veut expliquer les propriétés d'un être complexe qu'on connaît confusément par les sens, il faut ramener cette nature composée à des natures simples, telles que l'étendue, la figure, etc., c'est-à-dire
i ramener les perceptions confuses des sens aux idées claires et distinctes de la raison. Il faut appliquer cette analyse à tout l'univers. Puis quand elle aura fait découvrir toutes les natures simples, tous les principes intelhgibles des choses, on pourra, au moyen de la synthèse, c'est-à-dire en les combinant d'après leurs rapports rationnels, reconstituer, recréer la réalité. C'est ainsi que Descartes prétend construire le monde avec quelques idées claires et distinctes qui se trouvent en toutes choses, mais qu'il faut savoir dégager de la complexité où elles se trouvent mêlées. Comprendre le monde, c'est abstraire l'intelhgible du sensible, c'est passer de la perception confuse des sens à l'aperception distincte de la raison.
La 4<^ Règle est la conséquence des trois premières : en exigeant des
\ dénombrements entiers et des revues générales, elle garantit la déduction.
ï qui ne peut avoir de valeur que si elle est continue, que si la série des
'■ idées, qui en forment la trame, est rigoureusement enchaînée, sans interruption : « vSi nous avons vu l'union de chaque anneau avec celui qui le précède et avec celui qui le suit, cela nous suffira pour dire que nous avons vu comment le dernier se rattache au premier (^). »