SCIENCES EXACTES
Conclusion : la démonstration doit s'appuyer sur des principes indémontrables. Do même qu'on ne peut tout définir ou analyser, ainsi on ne peut tout démontrer, comme on l'a prouvé (37, § B), d'après Aristote : 'ATTorîeî^Etoç àp^vi oiiy. «Ttoiîetçtç. Pascal voit dans cette nécessité une marque de faiblesse et d'impuissance intellectuelle : « En poussant les recherches de plus en plus, on arrive nécessairement à des mots primitifs qu'on ne peut plus définir, et à des principes si clairs qu'on n'en trouve plus qui le soient davantage pour servir à leur preuve. D'où il parait que les hommes sont dans une impuissance naturelle et immuable de traiter quelque science que ce soif dans un ordre absolument accomph {}). » D'après lui, la méthode parfaite, « le véritable ordre », consiste à tout définir et à tout prouver, c'est-à-dire '( à définir tous les termes et à prouver toutes les propositions ».
Cette méthode n'est pas impraticable parce que la raison humaine est trop bornée pour la suivre, mais parce qu'elle implique contradiction : prouver une proposition douteuse c'est la rattacher à une proposition qui ne l'est pas ; la démonstration suppose donc nécessairement des propositions indubitables, connues par intuition. Le procédé intuitif, loin d'être une marque de faiblesse, est au contraire le signe de la puissance intellectuelle. La science imparfaite est celle qui, comme la nôtre, est obhgée de recourir au détour du procédé discursif., lequel nous fait passer par une série d'' intermédiaires, dont notre connaissance dépend. Dieu étant parfait connaît tout intuitivement. L'intelhgence humaine connaît aussi par intuition certaines vérités immédiatement évidentes, et c'est par là qu'elle rappelle la perfection de l'inteUigence divine. Ce qu'on doit retenir de la pensée de Pascal, c'est qu'il ne faut pas avoir l'évidence facile, ni accepter sans démonstration les vérités qui ne s'imposent pas avec une nécessité absolue.