‹ Traité de philosophieChapitre 708 sur 921 · A) 1er Moment : L'OBSERVATION · texte numérisé non relu

A) 1er Moment : L'OBSERVATION

I. — Définition : c'est la considération attentive des faits pour en découvrir les causes et les lois. C'est l'attention scientifique. .

On distingue deux sortes d'observations : l'observation interne ou psychologique, subjective, et l'observation externe ou physique, objective (93). C'est de cette dernière qu'il est question dans les sciences de la nature (^). Nous ne pouvons atteindre les phénomènes du monde extérieur qu'au moyen des sensations, qui sont conditionnées par les organes des sens. L'observateur, au heu de rester inerte devant les phénomènes, déploie une certaine activité intellectuelle pour les bien connaître.

Tous nos sens sont mis à contribution dans l'observation. Le goût reconnaît certaines substances chimiques ; l'odorat nous avertit de la présence des gaz ; l'ouïe sert à apprécier les sons musicaux ; le toucher nous fait connaître la température, la grandeur, la forme, la résistance des objets. Mais de tous nos sens le plus utile pour les observations

(') F. Bacon, De dignilale et augmentis scientiarum ; Novum organum. — Herschel, Discours sur l'étude de la philosophie naturelle. — Cl. Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale. — Waddington, Essais de logique. — E. Stallo, La matière et la physique moderne. — E. Naville, La physique moderne. — Renouvier, Logique, T. II. — ^ Whewell, History of the inducHve sciences. — Dugald Stewart, Éléments de la -philosophie de l'esprit humain, P. II, Ch. iv. — - Caro, Le matérialisme et la science, Ch. ii. — S. Mill, Système de Logique déductive et inductive, L. III. — A. Bain, Logique déduclive et induclive, L. III ; L. IV, Ch. II, III. — Rabier, Logique, Ch. vu, Viii, ix. — de Broglie, Le positivisme et la science expérimentale, II« P., L. I, II. — E. Boutroux, Les théories modernes relatives à l'induction, dans la Revue des cours et conférences, Janvier à Juillet 1900. — De Poggendorff, Histoire de la Physique. — Robinson, Eléments of natural philosophy. — WuRTZ, Histoire des doctrines chimiques. — Grimaux, Lavoisier. — Berthelot, La révolution chimique. — Valson, Les savants illustres du XVI^ et du A'V//«siédes. — J. -B.Dumas, Eloges académiques. — • Rebière, La vie et les travaux des savants modernes. — • P. Duhem, L'évolution des théories physiques, du XVII" siècle jusqu'à nos jours. Revue des questions scientifiques, 1896, T. II, p. 463-499.

(•) Sennebier, L'art d'observer. — S. Mill, Système de Logique, L. III, Ch. vii. — Herschel, Discours sur l'étude de la philosophie naturelle, n. 112 sqq. — J.-B. Dumas, Éloges académiques, T. I, p. 90 sqq.

650 l'observation : ses conditions (65)

scientifiques, c'est la vue, parce que c'est le sens le plus riche en perceptions acquises (Ps. 98, 101).

IL — Conditions physiques ou moyens de l'observation :

A) Intégrité et subtilité des organes des sens : un sourd est inapte à faire de l'acoustique ; un myope ou un daltoniste sont peu propres à l'étude de l'optique.

B) Instruments pour suppléer à l'insuffisance des sens. On a inventé des instruments, qui sont comme de nouveaux organes artificiels :

1° Augmentant la portée des sens : vg. télescope, microscope.

2^ Augmentant la précision (^) des sens. Ce sont des appareils de mesure : vg. mètre, vernier, balance, baromètre, thermomètre, galvanomètre, hygromètre.

3° Enregistrant d'eux-mêmes les faits. Ces appareils enregistreurs remplacent avec avantage l'observateur, car l'homme, vu la mobilité de ses impressions, l'imperfection de ses organes, le temps que mettent les impressions à traverser les nerfs, devient une cause d^erreurs. Tels sont : vg. le sphygmographe, qui enregistre les battements du pouls ; le pneumographe, qui inscrit les mouvements de la respiration ; le météorographe du Père Secchi, qui enregistre la vitesse et la direction du vent, la température, la hauteur barométrique, l'état hygrométrique, la quantité de pluie tombée.

III. — Conditions intellectuelles et morales ou qualités de l'observateur. Le bon observateur doit être :

10 Curieux, avoir une certaine faculté d'étonnement, trouver matière à surprise et à réflexion là où le vulgaire ne voit rien que de simple et de naturel : « L'étonnement, dit Aristote, est le commencement de la science (^). » C'est ainsi que l'étonnement de Galilée, à la vue dès oscillations régulières d'une lampe, le mit sur la voie de la découverte des lois du pendule (^).

2o Attentif, ne pas se contenter de voir, d'entendre, de toucher, de sentir, de goûter. Le savant regarde, écoute, palpe, flaire, déguste.

3° Sagace, savoir choisir ses sujets d'observation et démêler dans les faits ce qui est essentiel ou accidentel, principal ou accessoire.

(') Herschel, Disœurs sur l'étude de la philosophie naturelle, n. 387-389.

(^) Métaphysique, L. I, C. ii, § 8. — Platon dit l'équivalent dans le Théétète.

(') Assis sous un pommier, qu'on montre encore, Newton retiré dans son domaine dei Woolsthorpe vit un jour une pomme tomber devant lui. Il se prit à réfléchir sur la naturej de ce pouvoir qui précipite les corps vers le centre de la terre avec une vitesse continuelle-' ment accélérée. Soudain un rapprochement analogique traversa son esprit : « Pourquoi,i se dit-il, ce pouvoir n'agirait-il pas sur la lune même pour l'attirer vers la terre ? » Ce futî un trait de lumière qui le mit sur la voie de sa grande découverte. Cf. Biot, Mélanges< scientifiques et littéraires, T. I, p. 135. Cette anecdote est rapportée par Pemberton, ami et' contemporain de Newton.

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