II. — OPÉRATIONS
Prise dans son sens complet l'hypothèse comprend quatre opérations, dont la première est préliminaire et la dernière complémentaire :
l*' Observation d'un fait qui provoque notre étonnement.
2° Supposition imaginée pour expliquer le fait étonnant ; c'est Vhypothèse proprement dite : « Il n'y a pas de règles à donner pour faire naître, à propos d'une observation, une idée juste et féconde... Son apparition a été toute spontanée... C'est un sentiment particulier, un quid proprium qui constitue l'originalité, l'invention ou le génie de chacun (^) ».
30 Déduction des conséquences : comme l'hypothèse porte le plus souvent sur des rapports ou des lois, choses abstraites, elle ne peut d'ordinaire être vérifiée directement par les sens. Il faut donc d'abord en
(M Huygens, Traité de la lumière, Ch. i.
(') E. Naville, Logique de l'hijpoihèse. Les principes directeurs des hypothèses, dans la Revue philosophique. Août et Sept. 1877. — Souriau, Théorie de Vinvention. — ■ Rabier, Logique, Ch. xiii. — J.de Joanxis, Les hypothèses physiques au point de vue philosophique, dans les Études. Juin 1890, p. 218 sqq. — H. Poincaré, La science et l'hypothèse.
(') Bacon, De dignitate..., L. V, Ch. m. § 3, Bouillet, T. I, p. 265.
(*) Adam, De l'imagination dans la découverte scientifique, dans la Revue philosophique, 1890. — Th. RiBOT, Essai sur l'imagination créatrice, III" P., Ch. iv. — Colozza, L'immaginazione nella scienza. — A. Ricardou, De l'idéal, I" P., Ch. ii. — Tyxdall, Traité de la lumière, p. 45 sqq. (Traduction Moigno).
{■') Cl. Bernard, Introduction..., I'« P., ch. ii, § 2, p. 59.
554 l'hypothèse : opérations qu'elle comprend (66)
déduire par le raisonnement des conséquences concrètes^ qui puissent être contrôlées par l'observation.
40 Vérification de ces conséquences, au moyen de l'expérimentation.
Exemple : on retrouve ces quatre opérations dans l'histoire de toute grande découverte. Prenons l'exemple classique de la pression atmosphérique :
1° Des fontainiers de Florence constatent que, dans des corps de pompe où l'on a fait le vide, l'eau ne monte pas plus haut que dix mètres.
2o ToRRiCELLi suppose que l'as'cension de l'eau est due au poids de l'atmosphère, qui ne peut faire équihbre qu'à une colonne d'eau de dix mètres.
3° Pascal {^) déduit de cette hypothèse deux conséquences concrètes : a) la pression atmosphérique restant la même, la hauteur de la colonne doit varier en raison de la densité du Hquide ; — b) la densité du hquide restant la même, la hauteur de la colonne doit varier en raison de la pression atmosphérique.
40 Ces deux conséquences sont vérifiées à Rouen, à la tour Saint- Jacques de Paris et au Puy de Dôme.