‹ Traité de philosophieChapitre 717 sur 921 · VI. — RÈGLES OU CONDITIONS · texte numérisé non relu

VI. — RÈGLES OU CONDITIONS

A) Relatives à sa découverte. L'hypothèse doit être :

lo Possible : ne contredire ni les principes de la raison, ni les faits connus, ni les théories scientifiques qui semblent acquises et démontrées.

2» Fondée sur les faits : autrement elle serait chimérique, en l'air. Encomparant certains phénomènes nous apercevons une analogie qui fait supposer une autre analogie. C'est le procédé qui ordinairement suggère l'hypothèse, qu'on a définie V intuition d'une analogie : vg. Franklin constate la ressemblance des effets de l'étincelle électrique et de la foudre ; il suppose l'identité des deux causes, la foudre et l'électricité.

3*^ La plus simple possible : le savant doit prendre comme principe directeur Vidée de la simplicité des voies de la nature, que Leibniz appelle le principe de moindre action et Hamilton la loi à''économie : vg. c'est pour la simphcité que Copernic replaça le soleil au centre du monde. Mais il faut bien entendre le principe d'économie. Sans doute, la nature étant l'œuvre d'un Dieu parfait, ses voies sont les plus simples possibles ; mais elles n'en restent pas moins assez compliquées. On ne peut étabhr a priori quelles sont ces voies les plus simples, parce qu'il faudrait savoir d'abord le minimum de comphcation nécessaire. Aussi Condillac a dit avec raison : « Ce principe est fort beau dans la spéculation, mais il est rare qu'on puisse l'apphquer (^). » L'adage : Simplex veri indicium doit donc être interprété hbrement (*). La complication n'est pas à elle seule une

(') Bacon, Novum organum, L. I, Aph. 104.

(=) Philosophiœ naturalis prindpia mathematica, L. III, Scliolie général : «... Je n'imagine point d'hypothèses, car tout ce qui ne se déduit point des phénomènes est une hypothèse ; et les hypothèses soit métaphysiques, soit physiques, soit mécaniques, soit celles des qualités occultes, ne doivent pas être reçues dans la philosophie expérimentale.» {Traduction de la marquise du Chastelet revue par Clairault).

C) De l'Art de raisonner, L. IV, Ch. il. Œuvres, Paris, 1821, T. VI. p. 175.

(*) Stallo, La matière et la physique moderne, p. 80.

[67) l'expérimentation 659

[•aison pour exclure une hypothèse ; mais entre deux hypothèses il laut préférer la plus simple, si elle suffit à expliquer les phénomènes : alors la simplicité d'une hypothèse est une présomption en sa faveur.

4° La plus féconde possible : elle le sera si elle explique un grand nombre le faits, et si elle en fait découvrir de nouveaux. — Toutes ces qualités de riiypothèse : la possibilité, le point de départ dans la réalité, la simplicité 3t la fécondité ne sont que des présomptions favorables. La preuve est ians une vérification directe ou indirecte.

B) Relatives à sa vérificaion : l'hypothèse, remphssant les conditions précédentes, a droit de cité dans la science à titre provisoire (^). Pour y Btre admise définitivement, il faut la vérifier. La vérification est :

10 Directe, si l'on constate Vexistence des faits d'abord imaginés : vg. anneau lumineux de Saturne supposé par Huygens et aperçu ensuite.

20 Indirecte, c'est-à-dire par raisonnement : on déduit de l'hypothèse certaines conséquences qu'on vérifie par l'observation (^) (§11).

La probabilité d'une hypothèse croît avec le nombre des conséquences vérifiées. Mais l'hypothèse n'est une vérité acquise que si l'on démontre :( qu'aucune loi autre que la loi supposée ne peut conduire aux mêmes conclusions. Et c'est ce qui se réahse souvent (^) ».

Conclusion : l'hypothèse n'est pas un pis-aller, mais un procédé essentiel de la méthode expérimentale. La science vise à la découverte des causes et des lois ; mais celles-ci ne pouvant être observées, il faut les deviner, les supposer. Tout ce qui est aujourd'hui passé dans le domaine de la science a d'abord été hypothèse. « L'hypothèse expérimentale n'est que l'idée scientifique préconçue ou anticipée. La théorie n'est que l'idée scientifique contrôlée par l'expérience (*). «

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