V. — DANGERS
L'hypothèse peut prévenir et préoccuper l'esprit, en lui donnant une satisfaction prématurée. La conséquence de cette prévention trop favorable c'e^t d'entraver les découvertes, car le savant prévenu est
(') FONTENELLE. Digression sur les anciens et les modernes. Cf. Œuvres, Paris 1742, T. IV, p. 180.
(') Cl. Bernard, Introduction..., I" P., ch. i, § 6, p. 47.
(') H. MiLNK Edwards, Rapport sur les progrès des sciences zoologiques, p. 417.
658 l'hypothèse : ses règles (66)
détourné de l'observation et de l'expérimentation ou du moins ne voit pas les phénomènes qui contredisent son hypothèse favorite. De fait, on a souvent abusé de l'hypothèse ; on peut citer comme exemple les cosmogonies des anciens, les forces occultes, Fastrologie, l'alchimie, etc. De là les défiances que l'hypothèse a longtemps excitées parmi les savants: « Ce ne sont pas des ailes, dit Bacon {^), mais du plomb et des poids qu'il faut attacher à l'esprit humain, pour l'arrêter dans son emportement et dans son vol. » Newton (-) disait de son côté : Hypothèses non fingo. « Je ne forge point d'hypothèses. » Cependant le mot de New^ton ne doit pas être pris à la lettre, car lui-même a usé de l'hypothèse, mais sagement. Les abus qu'on a faits de l'hypothèse prouvent seulement qu'il en faut régler l'usage.