A. — PLAISIR FAIT NÉGATIF
Épicure, Cardano, Verri, Kant, les pessimistes Schopenhauer, Hartmann prétendent que le plaisir n'est pas un état positif et primitif, qu'il est toujours précédé de la douleur et qu'il consiste simplement dans la cessation de la douleur, dans la non-douleur, Vindolentia (^).
(M Montaigne a dit : n Notre bien-être ce n'est que la privation d'être mal. » {Essais, II, 12).
Arguments : I. — L'état de l'homme, d'après Schopenhauer (^) est d'avoir sans cesse besoin, de désirer sans cesse quelque chose ; or le besoin et le désir sont une souffrance pour l'homme ; son état normal est donc la souffrance. Le plaisir, qui résulte de la satisfaction des besoins et des désirs, n'est par conséquent que la cessation de la souffrance antécédente ; il est donc tout négatif ; la souffrance seule est positiçe et primitive. De là le pessimisme.
Réponse : a) Tout besoin et tout désir ne sont pas une douleur ; nous avons vg. le désir, le besoin du beau ; et cependant ce désir et ce besoin ne sont pas, pour la plupart des hommes et dans la vie ordinaire, une souffrance.
b) Sans doute le besoin et le désir supposent une imperfection : vg. besoin de manger. Mais, si celui qui les éprouve trouve facilement en dehors de lui ce qui lui manque pour les satisfaire, pourquoi le besoin et le désir seraient-ils une douleur ? La faim est d'abord une incitation agréable. Elle ne devient souffrance que si l'appétit ne peut être rassasié ou ne l'est que tardivement.
IL — D'après Kant {^), agir c'est faire effort ; le plaisir est la conscience de cet effort vital. Mais tout effort suppose un obstacle, un empêchement, et tout empêchement est une peine ; il faut par conséquent que la peine précède le plaisir.
Réponse : a) Tout effort n'est pas nécessairement pénible. Il est agréable quand il est modéré, quand il n'exige pas, pour surmonter un obstacle, un déploiement d'activité supérieur à la quantité de force disponible : vg. plaisir d'un enfant à sauter par-dessus une barrière qu'il peut franchir aisément. Il ne devient douloureux qu'au cas où l'obstacle réclame une dépense excessive de force (21).
b) Un effort mêlé de douleur peut être en somme un plaisir par l'excès de la jouissance sur la souffrance. L'effort vital, dont parle Kant, peut être mélangé de douleur, mais il est au fond un plaisir.