INDUCTION ET GÉNÉRALISATION
I. — Identité : les lois de la nature ne font qu'exprimer des rapports généraux entre des termes. Les lois physiques expriment des rapports de succession entre des phénomènes ; les lois biologiques, des rapports de coexistence entre des caractères ou qualités d'êtres. On appelle induction l'opération par laquelle l'esprit découvre les idées générales dans les faits singuliers ; on nomme généralisation l'opération p&r laquelle l'esprit découvre les idées générales dans les êtres singuliers. Ces deux opérations vont du singulier au général, du passager au permanent, de V accidentel à Vessentiel ; elles sont précédées d'opérations diverses {comparaison^ abstraction, jugement, raisonnement) qui les préparent ; mais au fond elles sont identiques, car leur acte propre c'est d'être une intuition qui découvre Vessence des choses, c'est-à-dire ce qu'il y a de permanent et de général à travers la mobilité et la singularité des phénomènes et des qualités {}).
II. — Fondement commun : dans les deux cas le problème posé est le même : comment peut-on, de la succession invariablement constatée entre certains phénomènes, passer à l'idée générale de successions indéfiniment semblables ? Comment peut-on, de la coexistence de certains caractères, passer à l'idée générale de coexistences indéfiniment semblables ? Bref, quelle raison légitime, en dernière analyse, le passage du singulier au général, àhin cas à tous ? Pourquoi peut-on dire : La chaleur dilate les corps. L'homme est un animal vertébré, mammifère, bimane ? C'est que, selon la doctrine d'ÂRiSTOTE, l'esprit a précisément la faculté de discerner l'essentiel de l'accidentel par abstraction intuitive. Or l'essence des choses est invariable. Donc, quand l'esprit a découvert, soit entre deux êtres (vg. deux hommes), soit entre deux phénomènes (vg. chaleur et dilatation) un rapport essentiel, ce rapport (les essences étant invariables) peut être étendu à tous les êtres ou phénomènes de la même espèce. En dernière analyse, c'est donc le principe de l'invariabilité des essences qui est le fondement commun de l'induction et de la généralisation.
(•) .FoNSEGRiVE, Généralisalion et Induction, Revue philosophique, T. XLI, 1896, 353 et p. 516 sarj.
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