DIFFÉRENCE DES MÉTHODES DES SCIENCES MORALES
cet idéal. Enfin de ces deux données combinées ils déduisent les règles qu'il faut suivre pour Tatteindre. Le procédé essentiel de ces sciences est donc la déduction.
On peut esquisser ainsi ce genre de déduction :
La Majeure contient l'idéal à atteindre ; c'est un optatif.
La Mineure contient les moyens de l'atteindre ; c'est un indicatif.
La Conclusion contient les règles à suivre pour l'atteindre ; c'est un impératif (}).
Mais l'observation et l'induction ont aussi leur rôle dans les sciences morales pratiques. Pour déterminer le but idéal que l'homme doit poursuivre dans les manifestations diverses de son activité, il faut savoir ce qu'il est, ce que sont ses facultés. Il faut donc connaître la psychologie, l'histoire. De même pour déterminer les moyens que l'homme doit mettre en œuvre pour atteindre l'idéal proposé, il faut connaître les lois de l'ordre réel, lois psychologiques, économiques, sociales, qui dirigent son activité. Mais ces lois sont le résultat à' inductions préalables, étabhes par les sciences morales théoriques, la psychologie, l'histoire, la science sociale, etc.
C) Emploi différent : les deux méthodes, inductive et déductive, trouvent donc leur emploi dans les sciences morales. Mais elles ne sont pas dans ces sciences ce qu'elles sont dans les sciences mathématiques ou dans les sciences physiques et naturelles ; elles sont plus ou moins modifiées par la nature même et la complexité de Vohjet auquel elles s'appHquent : l'activité consciente, raisonnable et hbre de l'homme. Ainsi :
L — Dans les Mathématiques, la méthode déductive est une forme qui crée son propre contenu, puisque les notions mathématiques sont des constructions idéales faites avec quelques éléments très simples empruntés à l'expérience (58, III). La part de l'expérience y est réduite à sa plus simple expression. Dans les sciences morales pratiques, nous l'avons vu, la déduction doit s'appuyer sur des observations et des inductions préalables. Comme leur idéal doit être pratiqué, il faut qu'elles se fondent sur l'expérience ; autrement elles n'offriraient qu'un idéal en l'air, contre nature.
II. — Dans les sciences physiques, la méthode inductive use largement de l'expérimentation ; dans les sciences morales, l'expérimentation a un
C) E. Rabier (Logique, Ch. xvii, 2« section, § 1) apporte en exemple le syllogisme suivant qui résume la science politique :
Majeure : elle pose le hut idéal qu'il serait désirable d'atteindre : Telle chose est le vrai bien de la société auquel il faut tendre.
Mineure : elle exprime ce qu'il est possible et utile de faire actuellement : Dans les circonstances données, voici jusqu'à quel point et par quels moyens la fin idéale peut être réalisée.
Conclusion : elle applique la forme optative de l'idéal aux moyens indiqués : Donc il faut employer ces moyens si vous voulez atteindre la fin proposée.