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C. — TENTATIVES

On peut classer ainsi les expériences diverses tentées par les psychologues :

§ I. — Expériences psycho-physiques : les psycho-physiciens, comme Weber, Wundt, Fechner, Helmholtz, Ribot, etc., se sont surtout proposé de mesurer les phénomènes psychologiques. Étant donnée une cause physique qui produit des sensations, quelle loi rattache les variations de cette cause aux variations des effets, des sensations ? C'est l'énoncé général de leurs recherches, qui ont porté surtout sur les points suivants :

A) Vitesse des sensations : la sensation ne suit pas immédiatement l'impression sensorielle ; il s'agit de mesurer d'abord le temps nécessaire au mouvement né de l'impression organique pour se propager à travers les nerfs jusqu'au cerveau ; puis le temps que dure la sensation elle-même. Le résultat des expériences est que la durée de la sensation varie avec les individus et les circonstances ; — la durée moyenne est de

I /5 à 1/8 de seconde.

B) Minimum sensibile: les psycho-physiciens ont essayé de déterminer la quantité d'excitation qui correspond au premier degré de la sensation. —

II y a de même un maximum sensibile. — Pour produire une sensation, V excitation doit être d'intensité moyenne ; une excitation trop forte ou trop

(') La Psychologie allemande contemporaine, latroduction, p. xx. Paris, 1879. — H. Kel- LER, History of my life.

faible n'arrive pas à la conscience : vg. une corde tendue, qui aurait moins de 32 vibrations par seconde ou plus de 34O00, ne produirait aucun son.

C) Rapport de la sensation à l'excitation qui en est la cause : on savait que la sensation no croit pas aussi vite que l'excitation : vg. 10 hougies n'éclairent par 10 fois autant que 1 bougie. — Mais quel est le rapport des accroissements de sensation aux accroissements d'excitation ?

1° Weber a formulé cette première loi : Ce rapport est constant : vg. le rapport est 1 /3 pour les sensations de chaleur ; ce rapport reste constant. Supposons que l'expérience commence à 9», nous constaterons de nouvelles sensations de chaleur à 12», IG», 21» -j-^ A^' ^^^ ~\~ 1 A etc. (12 = 9 -f 3, c'est-à-dire 1 /3 de 9 ; 16 = 12 -[- 4, c'est-à-dire 1 /3 de'l2..)

2» Fechner a formulé cette deuxième loi : La sensation croît (en intensité) comme le logarithme de V excitation qui la fait naître ; — ou plus simplement : Vexcitation extérieure croissant en progression géométrique (telle que 1, 2, 4, 8, 16, etc.), les sensations correspondantes croissent seulement en progression arithmétique (telle que 1, 2, 3, 4, 5, etc.). Si une première sensation a été produite par une excitation = 2, pour produire une sensation trois fois plus forte = 6, il faudra une excitation = 32.

Ainsi, tandis que la température extérieure, qui cause la sensation, est représentée par :

la sensation de chaleur correspondante l'est par :

Les logarithmes des nombres qui forment une progression géométrique sont en progression arithmétique: de làla/oz-ww/edelaloi Fechner.

D) Cercle des sensations tactiles : deux points de la peau touchés en même temps donnent lieu à deux sensations distinctes. Mais si ces deux points sont très rapprochés, les deux sensations se fondent en une seule. On recherche à quelle distance doivent être les deux points touchés pour qu'il y ait deux sensations de contact. Cette distance étant prise pour diamètre d'un cercle, tous les points situés dans l'intérieur de ce cercle, s'ils sont touchés simultanément, ne donneront qu'une seule sensation.

Critique : 1<^ On ne peut expérimenter ainsi que sur des faits psychologiques conditionnés par des antécédents physiques, c'est-à-dire sur les sensations externes.

2» On fait, dans ces expériences, plus ou moins abstraction des faits physiologiques qui s'interposent entre les causes physiques et les

effets psychologiques. Leur action n'est cependant pas négligeable. Aussi la loi de Fechner est-elle contestée.

3° L'expérimentation psycho-physique ne détermine que des lois de mesure ; or ces lois sont ici très contestables^ parce que l'un des deux termes, la sensation^ n'est pas une quantité ; il est impossible de le diviser en parties égales ; par conséquent on ne peut donner une sensation comme étant double, triple d'une autre, etc. {})

§ IL — Expériences psycho-physiologiques : elles cherchent à déterminer les antécédents ou conséquents physiologiques des états psychologiques.

Exemples : Flourens a prouvé que, si on enlève le cerveau à un animal, en laissant intacte la moelle allongée, la sensibilité persiste, mais les instincts et l'intelhgence ne s'exercent plus ; d'où il conclut que Fintelhgence est irréductible à la sensation ; — études de Broc a sur les localisations cérébrales ; • — expériences de Mosso sur les effets produits par la peur dans la circulation, etc.

Critique : ces expériences sont également limitées aux sensations et à des effets physiques d'états psychologiques très simples. — - Elles sont délicates à faire, parce qu'il est difficile d'isoler, chez Thomme ou l'animal vivants, les organes intérieurs de la vie physiologique. — • Guvier condamne les vivisections, parce qu'en troublant l'organisme elles vicient l'observation.

§ III. — Expériences hypnotiques : V hypnotisme fait le vide dans l'esprit du sujet ; on introduit alors par suggestion un phénomène psychologique, dont on peut suivre plus facilement le développement, parce qu'il n'est pas contrarié par des causes étrangères.

Critique : au point de vue : 1° Moral : cette méthode est attaquable (Cf. Psychologie, 243, § IV).

2^ Scientifique : elle ne semble pas décisive : a) elle opère dans des conditions anormales ; — h) on n'est jamais sûr que le vide parfait soit réalisé dans l'esprit et qu'il ne subsiste pas quelque cause inconnue qui contrarie le développement du phénomène suggéré.

Conclusion : l'expérimentation est donc très restreinte en psychologie si on ne la fait consister qu'à susciter l'apparition d'un phénomène ou à modifier les circonstances dans lesquelles il se produit. Mais Claude Bernard (-) la fait consister essentiellement dans la vérification d'une hypothèse, que cette vérification ait heu à l'aide d'un fait provoqué

(') J. DE BoxNiOT, L'âme et la physiologie, L. I, Ch. vu. — A. Fahges, Le cerveau, l'âme et les facultés, I" P., § 9. — Ribot, La psychologie allemande contemporaine, Ch. vi. — M. Foucault, La Psychophysique. — J. de la Vaissière, Éléments de Psychologie expérimentale. Notions. Méthodes. Résultats.

{') Introduction à l'étude de la médecine expérimentale. Première partie, Ch. I. — Vas- CHiDE, La psychologie physiologique.

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