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ESPÈCES DE PLAISIRS ET DE DOULEURS

II. — Plaisir, cause d'inclinations : nous n'apportons pas en naissant toutes les inclinations qui se manifestent dans le cours de notre vie : vg. l'enfant ne naît pas avec le goût du tabac. L'homme a certaii^s inclinations fondamentales innées^ des tendances à se mouvoir dans certaines directions. Mais ces tendances ne sont déterminées qu'à des fins générales : vg. la conservation de l'être ; puis elles cherchent les objets qui peuvent les contenter ; quand elles les ont trouvés, il en résulte autant de plaisirs particuhers, qui sont les effets des inclinations. Mais ces plaisirs une fois éprouvés réagissent sur les inclinations et les entraînent vers les objets qui ont déjà procuré l'émotion agréable : et c'est ainsi que l'émotion donne à son tour naissance à des inclinations précises et particulières. Le plaisir est donc, à ce point de vue, cause de i'inchnation : vg. pour aimer le jeu, il faut avoir senti le plaisir du jeu ; pour aimer la science, il faut avoir éprouvé le plaisir de la science, etc. Règle générale, chacun recherche ce qui lui a plu : Trahit sua quemque voluptas. C'est en se plaçant au second point de vue (plaisir cause d'inclinations) que Bossuet a pu dire de la passion qu'elle est un « mouvement de l'âme qui, touchée du plaisir ou de la douleur ressentie ou imaginée dans un objet, le poursuit ou s'en éloigne (^) ».

Conclusion : en définitive, l'inclination est antérieure à l'émotion. Tout être dés l'origine est essentiellement actif, il veut vivre, se développer, il recherche naturellement certains objets qui sont pour lui des biens : la tendance, l'effort pour y parvenir et les posséder, c'est l'inclination même. Si celle-ci est satisfaite, si le bien est acquis, l'être a conscience de se trouver dans un état pour lequel la nature l'a fait, il éprouve du plaisir. Mais après avoir joui, il désire jouir encore, et, à ce point de vue, l'émotion est le principe d'inclinations nouvelles, en déterminant le sens des divers courants que prennent les inclinations fondamentales. Le plaisir est donc à la fois eiîet et cause de l'inclination: effet d'abord et cause ensuite.

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