RAPPORTS DE L'ÉMOTION ET DE L'INCLINATION
Pour les évolutionnistes, qui regardent l'être à l'origine comme absolument inerte, une pure réceptivité, c'est l'émotion du plaisir qui est le fait primitif et qui, une fois ressentie, donne naissance au désir de la retrouver et par là à l'incUnation. Pour les autres, qui considèrent l'être comme une activité naturellement dirigée vers certaines fins, tendant spontanément à certains biens, c'est l'inclination qui est le fait premier ; c'est elle qui, suivant qu'elle est satisfaite ou contrariée, engendre l'émotion agréable ou désagréable. C'est à cette opinion que nous nous sommes rallié (20). Mais il faut ajouter que l'émotion réagit à son tour sur l'inclination et devient cause.
I. — Plaisir, effet de l'inclination : d'abord et avant tout, l'émotion suppose l'inclination et en dérive. Si notre être était vraiment au début absolument inerte, sans inclination ni désir, pareil à une cire molle qui peut recevoir toutes les empreintes, nous ne pourrions ni souffrir ni jouir en présence des choses, parce qu'elles nous seraient complètement indifférentes. La source de toutes les émotions est donc surtout dafts les dispositions et tendances de l'àme et non pas dans les choses ; car, si nos dispositions changent, les choses perdent leur attrait et valeur. « Pour un homme qui meurt de soif, un sac d'or ne vaut pas un verre d'eau (^). » Le plaisir suppose donc l'inclination, l'activité, puisque l'inertie absolue serait l'insensibilité, l'indifférence absolue. Il est donc d'abord effet de l'inclination.
(M Ém. Charles, Éléments de philosophie, T. I, Chap. vi, § 1. — C'est en ce sens que Spinoza a pu dire que les choses en elles-mêmes ne sont ni bonnes ni mauvaises, qu'elles ne le sont que par rapport à nous, à nos désirs qu'elles favorisent ou contrarient.