A. — CRITIQUE DES TRADITIONS
La tradition c'est la transmission orale d'un fait de génération en génération. De toutes les sources historiques c'est la moins pure, car elle est souvent altérée et grossie par des légendes plus ou moins poétiques, que l'imagination populaire a mêlées au l'ait primitif : Crescit eiindo. Aussi est -il souvent difficile de démêler la fiction et la réalité et de retrouver le fait véritable d'où est sortie la tradition. C'est pourquoi, pour être admise comme document historique, la tradition doit remplir certaines conditions. Elle doit être :
I. — Universelle: sijtous n'ont qu'une voix pour la proclamer, l'imposture est impossible à cause du conflit des passions et des intérêts.
II. — Constante et uniforme : si elle a persisté dans son intégrité et si l'on peut remonter par une série ininterrompue de témoignages jusqu'à son point de départ, elle mérite créance. En effet chaque génération humaine ne disparait pas au même moment ; mais les générations successives s'entremêlent et plusieurs subsistent en même temps. Aussi une erreur grave ne peut s'introduire dans la transmission d'un fait traditionnel sans réclamations, car des hommes différents d'âge, de principes, de passions et d'intérêts ne peuvent être unanimes dans le mensonge ou l'erreur.
III. — Relative à des faits importants : l'importance d'un fait est une garantie contre l'altération.
Dans ces conditions, la tradition a une valeur incontestable si on la restreint à la substance du fait et à ses circonstances essentielles. A défaut de valeur historique, une tradition est utile à consulter comme indice do la civihsation, c'est-à-dire de l'état mental, pohtique, rehgieux, du milieu où elle s'est formée.