G — CRITIQUE DES DOCUMENTS ÉCRITS
C'est la source principale de l'histoire. Daunou (2) range les documents écrits en huit catégories : 1» Procès-verbaux. — 2'' Journaux privés. — 3^ Journaux publics. — 4» Mémoires. — 5° Relations contemporaines. — Go Relations postérieures de plus d'un siècle. — 7° Relations composées longtemps après. — 8° Histoires générales. Règles de la critique des textes. — Il faut vérifier leur : 1. — Authenticité : c'est l'attribution des ouvrages à leur auteur et à leur époque véritables. Elle se reconnaît à des signes intrinsèques et extrinsèques :
A) Signes intrinsèques, c'est-à-dire tirés de l'examen du livre en lui-même : vg. conformité des idées et du style avec ce que l'on sait de l'auteur par ailleurs ; — vocabulaire et construction grammaticale en harmonie avec le temps ; — accord du récit avec les mœurs, usages, lois, croyances, institutions et autres faits de l'époque ; — absence de contradictions.
B) Signes extrinsèques, c'est-à-dire pris en dehors de l'ouvrage ; vg. assentiment des contemporains qui le citent comme de tel auteur, de telle époque ; — témoignage des historiens postérieurs ; — accord du récit avec les autres sources de l'histoire : les traditions et les monuments.
Les caractères intrinsèques, étant fort élastiques, il faut en user avec précaution. Ils doivent servir surtout à confirmer les caractères extrinsèques, qui permettent d'établir directement l'authenticité d'un ouvrage, car ils sont précis et faciles à constater. Les caractères extrinsèques ne se plient pas, comme les autres, aux caprices de l'interprétation subjective, dont la critique allemande (^) a donné des spécimens mémorables.
{') On sait, par exemple, de quel secours ont été, pour l'histoire des origines chrétiennes, les inscriptions et les monuments découverts dans les catacombes romaines et autres lieux. Cf. J.-B. DE Rossi, Roma soUeranea cristiana. — P. Allard, Histoire des persécutions pendant les trois premiers siècles de l'Eglise.
(-) Daunou, Cours d'études historiques, T. I, Ch. II.
(') Prat, L'Évangile et la critique, ou critiques contre critiques, dans les Études, 1897, T. LXXII, p. 55 et s. ; p. 664 et s. Un des exemples les plus frappants des contradictions, auxquelles peut aboutir la critique subjective, nous est fourni par l'exégèse rationaliste sur la date où fut composé l'Évangile de saint Jean. Ainsi Baur indique l'an 170 ; Volkmar, l'an 160 ; Zeller, l'an 150 ; Hilgenfeld, l'an 140 ; Keim, l'an 130 ; Renan, l'an 115 ; AuBÉ, l'an 100 ; Ewald, l'an 90 ; Meyer, l'an 80 ; Wegscheider, l'an 70. — On sait aussi à quels résultats contradictoires est arrivée la critique interne appliquée parles Allemands à V Iliade et à l'Odyssée.