B. — ÉCOLES HISTORIQUES
On peut en distinguer deux d'après le but qu'elles poursuivent et la méthode qu'elles emploient :
I. — École descriptive et narrative : elle ne vise qu'à composer des récits fidèles, racontant les faits sans les apprécier et sans remonter aux causes. Elle semble avoir pris pour devise ces mots de Quintilien : Scribitur ad narrandnm, non ad probandum. Bref, l'histoire pour elle n'est qu'un spectacle : le monde est une vaste scène dont on contemple les acteurs sans louer ni blâmer rien. C'est la méthode pratiquée vg. par de Barante dans V Histoire des ducs de Bourgogne.
Critique : cette méthode conduit à une coupable indifférence entre le bien et le mal ; elle est donc immorale dans ses conséquences ; elle aboutit au scepticisme. — Elle est d'ailleurs en opposition avec la nature de l'homme qui a une raison pour juger et une sensibilité pour s'émouvoir. C'est pour cela qu'elle est impraticable. De même que, dans l'art, quoi qu'on en dise, on idéalis&,toujours soit en beau, soit en laid ; ainsi, en histoire, on ne peut rester impassible devant le bien et le mal. L'historien, comme l'artiste, laisse plus ou moins transparaître l'impression que la nature des événements a produite sur son âme. Cette impassibihté est donc une chimère ; cette neutrahté est un état d'équihbre instable qui ne saurait durer longtemps. — Enfin, tendre pratiquement à cette indifférence, c'est vouloir ravaler l'histoire au-dessous de la science. En effet, le physicien et le naturaliste ne se bornent pas à enregistrer des faits ; ils tâchent de remonter jusqu'à la connaissance des causes et des lois et c'est alors qu'ils méritent le nom de savants. De quel droit vouloir condamner l'historien à n'être qu'un appareil enregistreur ?
II. — École critique et philosophique : elle joint au récit fidèle des faits l'appréciation de leur valeur et la recherche de leurs causes. L'historien n'est pas seulement un témoin qui dépose sur les événements passés dont il a réussi, à force d'études, à se faire le contemporain ; il est encore un juge impartial. C'est la méthode que tâchent de suivre la plupart des historiens ; elle est, sans doute, d'un emploi délicat, mais elle est conforme à la nature des choses. L'histoire ne doit pas être seulement un spectacle intéressant ; elle doit être encore une leçon instructive.