‹ Traité de philosophieChapitre 830 sur 921 · VÉRITÉ LOGIQUE ET VÉRITÉ MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

VÉRITÉ LOGIQUE ET VÉRITÉ MÉTAPHYSIQUE

I. — Comparaison : dans le cas de la vérité logique, vérité de nos pensées,' c'e^i l'intelhgence qui se conforme aux. choses, à ce qui est; dans le cas de la vérité métaphysique, vérité des choses, c'est la réalité qui est conforme à l'intelligence productrice. Quand il s'agit des choses artificielles, l'intelligence à laquelle elles doivent être conformes, c'est l'inteUigence de l'artiste (architecte, sculpteur, peintre, musicien, poète). Quand on parle des choses naturelles, c'est à l'intelligence du Créateur qu'elles doivent se conformer. C'est dans l'intelligence de l'Artiste divin qu'existent éternellement les causes exemplaires ou archétypes de toutes choses. Dieu a créé tous les êtres conformément à ces causes exemplaires ; de sorte que les êtres, qui composent l'univers, sont les images réahsées des idées éternelles de Dieu. C'est parce que lés choses sont éternellement pensées par une intelligence créatrice, qu'elles peuvent être pensées par les intelligences créées, qui sont simplement représentatives. C'est ce que le Christianisme exprime magnifiquement quand il dit : « Rien n'a été fait sans le Verbe », c'est-à-dire sans la Parole éternelle, « et tout a été fait par Lui (^) ». Les choses ne sont donc que les signes et les symboles de la Pensée divine. L'intelhgence humaine atteint la vérité logique quand elle est d'accord avec les choses, quand elle se les représente fidèlement, parce que les choses elles-mêmes sont la représentation exacte des idées divines, par conséquent de la vérité. C'est pourquoi on peut dire, avec Bossu et, que nous voyons les choses parce qu'elles sont, tandis que, pour Dieu, les choses sont parce qu'il les voit {^).

II. — Rapport des deux vérités : un vrai portrait est un portrait ressemblant à l'original. L'idée du peintre est la cause exemplaire du portrait. Donc la vérité d'un portrait est la conformité de l'image à la cause exemplaire, à la pensée de l'artiste. L'œuvre achevée, le peintre

(M S. Jean, Evangel, C. i. — Cf. Liberatore, De la connaissance inieUectuelle, Ch. viii, L'ex'emplarisme divin. — S. Augustin, Liber de diversis quxstionibus'LXXXlU, Quxst., XLVI. Cf. Leibniz, Nouveaux essais..., L. IV, Ch. xi, § 13-14.

(=) BossuET, De la connaissance de Dieu et de soi-même, Ch. iv, § 8 : « Les choses sont comme Dieu les voit ; mais ce n'est pas comme moi qui, pour bien penser, doit rendre ma pensée conforme aux choses qui sont hors de moi. »

Page 1