VÉRITÉ LOGIQUE ET VÉRITÉ MÉTAPHYSIQUE
l'expose. Les visiteurs approchent et contemplent le portrait. L'idée qu'ils s'en feront ne sera vraie que si elle est conforme à l'objet représenté. Dans le premier cas, c'est le portrait qui a dû se conformer à l'idée préexistant dans l'intelligence de l'artiste. C'est la vérité objective : Conformitas reiciim intellectii. Dans le second, c'est l'intelligence des spectateurs qui a dû se conformer au portrait : Conformitas intellectus ciim re. C'est pourquoi, comme dit S. Thomas (^), la vérité est formellement et proprement dans l'intelligence, et les choses ne sont dites vraies que par une relation à l'inteUigence. De l'intelhgence de l'artiste la vérité jaillit dans l'œuvre, et de l'œuvre elle rejaillit dans l'intelhgence du spectateur. C'est la cause exemplaire, l'idée de l'artiste, qui produit l'œuvre d'art, et, par l'œuvre d'art, l'idée du spectateur. La vérité a donc pour point de départ et pour point d'arrivée, pour principe et pour terme, une intelhgence. L'œuvre d'art est le signe qui exprime la pensée de l'artiste : c'est elle qui sert de trait d'union entre l'intelhgence du génie créateur et l'intelligence du spectateur.
Si l'on apphque ce qui précède à l'Artiste divin et à son œuvre, la Création, l'on comprendra comment la vérité de chaque être dépend de sa conformité à l'intelligence créatrice : c'est la vérité métaphysique. On comprendra aussi comment la vérité de nos connaissances dépend de leur conformité à la réahté des choses : c'est la vérité logique. Chaque être est comme un symbole qui manifeste la pensée divine et qui sert à mettre l'homme en communication avec Dieu. La vérité métaphysique est donc antérieure à la vérité logique, puisqu'elle en est le fondement et la cause ; mais c'est la vérité logique qui est proprement la vérité.
III. — L'être et le vrai ; tout être est vrai métaphysiquement, parce que tout être répond parfaitement à sa cause exemplaire, à l'idée de Dieu. Dieu en effet, ayant une puissance infinie, réahse adéquatement sa pensée, avec le degré de perfection qu'il a déterminé (^). Dieu est « une cause inteUigente qui fait tout par raison et par art, qui par conséquent a en elle-même, ou plutôt qui est elle-même l'idée et la raison primitive de tout ce qui est. Et les choses qui sont hors de lui n'ont leur être ni leur vérité que par rapport à cette idée éternelle et primitive (^) >>. C'est pourquoi on peut, après S. Augustin et Bossu et, définir la vérité objective : Verum mihi videtur esse id quod est (■*), « Ce qui est ». C'est le
(') s. Thomas, Summa theol., I" P., Q. XVI, art. 1 : Verum nominat id in quod lendit inteUectus.
(^) Ce n'est qu'à la vérité métaphysique qu'on peut appliquer cet adage scolastique : Veritas est adœquatio rei et intellectus. La vérité est l'équation entre l'être produit et l'intelligence productrice. Cette formule n'est vraie qu'approximativement de l'artiste humain, car son œuvre n'est jamais la réalisation parfaite de son idéal. — Elle est beaucoup moins rigoureuse quand on l'étend à la vérité logique, car nous n'avons pas des choses une connaissance adéquate, mais imparfaite.
(') BossuET, De la connaissance..., Ch. iv, § 8.
(*) S. Augustin, Soliloq., L. II, Ch. v, n. 8. - Bossuet, Delà connaissance, Ch. i,§ 16, fin.
(114) ÉTATS DE l'esprit PAR H.\1'|M)RT Ai; VRAI 771
sens de l'axiome scolastique : Ens et venini converlanliir (•). l.a v«>ritô logique consistant dans la conformité de notre pensée ù ce qui est, et, d'autre part, ce qui est étant nécessairement conforme ù l'intelligenco divine, il s'ensuit que « cherchant la vérité, nous ciierchons Dieu ; que la trouvant, nous le trouvons et lui devenons conformes {^) ». Mais cette conformité de l'àme à Dieu « ne s'achève que par une volonté droite », c'est-à-dire immuablement attachée à celle de Dieu. Aussi Bossu et conclut-il : « Malheur à la connaissance stérile qui ne se tourne point ù aimer et se trahit elle-même (^). »