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LA POSSIBILITÉ ET LE DOUTE

Le doute c'est Vétat d'équilibre de l'esprit entre deux assertions opposées. Le doute peut être :

A) Négatif ou positif. — Il est : L —Négatif, quanrl l'esprit suspend son jugement, parce qu'il n'a aucune raison pour affirmer ou nier : vj(. Le nombre des étoiles est-il pair ou impair ?

IL — Positif ou réfléchi, quand les motifs d'affirmer (.u de nif^r paraissent se balancer. Dans le doute, les assertions (jpposées paraissent également possibles. A défaut de lumière suffisante qui permette à l'esprit d'incliner d'un côté plus que de l'autre, c'est un devoir de surseoir à tout jugement : « C'est une partie de bien juger que de douter quand il faut. Celui qui juge certain ce qui est certain, et douteux ce qui est douteux, est un bon juge (^). »

B) Méthodique ou systématique. — Le doute méthodique c'est le doute des savants, dont Descartes s'est servi. Le doute systématique c'est le doute des sceptiques. Ils ne doivent pas être confondus, car ils diffèrent par leur :

L — But : le doute méthodique a pour but d'arriver à la certitude et à l'évidence : « Non que j'imitasse les sceptiques qui ne doutent que pour douter et affectent d'être toujours irrésolus ; car au contraire tout mon dessein ne tendait qu'à m'assurer et à rejeter la terre mouvante ou le sable pour trouver le roc ou l'argile (2). » C'est un doute provisoire : il n'est accepté que comme un moyen pour l'esprit de vérifier la valeur de ses connaissances et de les asseoir sur un fondement solide. — Le doute systématique est définitif : ce n'est plus un moyen, c'est une fin.

IL — Objet : Descartes n'applique son doute qu'à la science pure et non aux choses de la vie pratique. Par ses règles de Morale provisoire, il a mis à part les principes nécessaires à la conduite de soi-n\ême. Son doute est donc spéculatif. — Le doute systématique est à la fois spéculatif et pratique.

III. — Étendue : même dans les matières spéculatives, le doute cartésien diffère en étendue de celui des sceptiques. Celui-ci est absolument universel ; celui-là s'arrête devant une vérité évidente : l'existence personnelle manifestée par le doute lui-même.

IV. — Principe : les sceptiques doutent parce qu'ils n'ont pas foi dans la raison ; Descartes doute parce que, ayant foi dans la raison, il sait bien que quelque chose résistera inébranlable à son examen ; et c'est sur ce « roc » qu'il prétend faire reposer tout l'édifice scientifique.

(M BossuET, De la connaissance..., Ch. i, § 16. (') Descartes, Discoiirs de la Méthode, III" P.

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