‹ Traité de philosophieChapitre 840 sur 921 · I. — LEUR NA TURE · texte numérisé non relu

I. — LEUR NA TURE

A) La certitude c'est l'adhésion ferme et inélM-anlable de l'esprit à la vérité sans crainte de se tromper. Adhœsio mentis firnia al immutabilis sine errandi fonnidine. Au point de vue négatif, en tant qu'exclusion du doute, la certitude n'admet pas de degrés ; on est certain ou on ne l'est pas ; il n'y a pas de milieu. Au point de vue positif, en tant qu'adhésion auyrai, elle est susceptible de degrés : elle sera d'autant plus intense que les raisons d'affirmer seront plus fortes et plus nombreuses.

La certitude et l'opinion : la certitude diffère de l'opinion en ce que :

a) Elle est absolue ; — b) Elle donne une sécurité entière. Faite pour

le vrai, l'intelligence est inquiète quand elle ne le possède pas ; mais

quand le vrai lui apparaît avec évidence, elle s'y repose et en jouit comme

de sa fin : Quies mentis in vero.

La certitude et la probabilité : ce sont deux états opposés ; la certitude exclut la probabilité. En eiïet la certitude est absolue et définitive : c'est l'adhésion ferme à la vérité sans crainte d'erreur. La probabilité, au contraire, comporte une infinité de degrés, depuis la probabiUté à peine suffisante pour prendre une décision jusqu'à la probabilité assez grande pour équivaloir pratiquement à une. véritable sécurité. La probabihté tend vers la certitude qui est sa hmite, sans pouvoir l'atteindre jamais. Le degré le plus élevé de probabilité est toujours de la probabiUté ; une certitude incomplète ne serait pas certitude. Il y a donc entre la probabilité et la certitude, non pas une différence de plus ou de moins, mais une différence de nature.

B) L'évidence, c'est la clarté avec laquelle la vérité apparaît à notre esprit et détermine la certitude. Fulgor quidam veritatis, mentis assensum

(M Javary, La cerlilude. — Renouvier, Logique. — Robert, De la certitude el des formes récentes du scepticisme. — Bourdon, La certitude, Rev. philos.. Janvier 1890.— Domet DE VORGES, Les certitudes de l'expérience. Annales de philosophie chrét.. Janvier 1896. — Kleutgen, La philosophie scolastique..., T. I, III" Dissertation. — Palmieri, Logica critica, G. i, ii, iv. — Balmès, Philosophie fondamentale, L. I. — S. Mill, Système de Logique..., L. II, Cb. VI, § 5, VII. — Spencer, Principes de psijchologie, VU" P. — A. de la Barj^e' Certitudes scientifiques et certitudes philosophiques. — Ad. Franck, De la certilude. G. MiLHAUD, Essai sur les conditions et les limites de la certitude logique.

778 LA CERTITUDE ET l'ÉVIDENCE ' (118)

rapiens. La certitude est un état du sujet pensant ; l'évidence est un caractère de Yobjet pensé. On dit, au sens propre : Je suis certain parce que cela est évident. Quand on dit parfois : Cela est certain, on parle au sens lar^e, pour signifier que cela est capable de produire la certitude, comme on dit : Ce paysage est triste. La certitude est subjective, avec une relation à l'objet pensé ; l'évidence est objective, avec une relation à l'intelligence, au sujet pensant.

Quel est ce caractère de l'objet pensé, c'est-à-dire des choses qui constitue l'éclat irrésistible de la vérité objective et détermine la certitude? Pour le trouver, examinons d'abord le cas de l'évidence sensible : c'est la nécessaire visibilité d'un objet extérieur. Elle comprend un triple élément: la réalité de l'objet, — la lumière qui l'éclairé et le rend visible — la relation qui met en rapport l'objet visible et la faculté de voir. De même dans l'évidence intelligible, on peut distinguer trois choses : Yobjet à connaître — la lumière qui le fait connaître, c'est-à-dire le motif ou caractère, qui rend sa vérité indubitable, — sa manifestation à l'intelUgence. Or le caractère qui rend une vérité évidente, c'est la nécessité de la connexion entre le sujet et l'attribut, et par conséquent l'impossibilité du contraire ; c'est ce que signifie l'expression métaphorique de clarté et de fulgor, employée dans la définition nominale donnée plus haut. La définition réelle de l'évidence sera donc : la nécessaire intelligibilité d'une énonciation.

Cette nécessité peut être ou bien :

a) Absolue, quand cette nécessité découle de Vessence même de l'objet et, par conséquent, est indépendante de toute hypothèse : vg. le tout est plus grand que la partie.

b) Relative, quand cette nécessité dépend d'une hypothèse et découle, par conséquent, de la condition ou quahté ajoutée au sujet par l'hypothèse ; vg. un homme qui marche se remue.

La perception de cette nécessité, absolue ou relative, qui provient de la nature essentielle ou de la condition présente de l'objet connu, produit dans l'esprit la certitude qui est une nécessité subjective ou impossibilité de concevoir le contraire. La certitude et l'évidence sont donc corrélatives ; l'évidence est à la certitude ce que la probabihté est à l'opinion. On peut par conséquent apphquer à l'évidence et à la certitude les mêmes subdivisions.

Tout ce qui est vrai objectivement est, en soi, évident ; mais l'évidence ajoute à la notion du vrai une relation à V intelligence qui en perçoit la nécessité absolue ou relative. Tout dépend de la perfection de l'intelHgence. Tout vrai est évident en puissance, c'est-à-dire peut être connu avec certitude ; mais tout vrai ne l'est pas, en acte, c'est-à-dire effectivement, car toute intelligence n'est pas capable de comprendre toute vérité.

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