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LA CERTITUDE MORALE

et soumise à la seule action de l'évidence des vérités morales, elle les admettrait sans hésiter ; mais les passions soulèvent des nuages qui les obscurcissent. Comme ces vérités sont^l'ordre pratique, elles s'adressent à tout l'homme, non seulement à son intelhgence, mais encore à son cœur et à sa hbre volonté. C'est pourquoi l'intervention de la volonté peut devenir nécessaire pour écarter les nuages, c'est-à-dire les passions et les préjugés qui offusquent l'intelligence : autrement l'esprit serait la dupe du cœur. Pour saisir les vérités morales, il ne suffit donc pas que l'intelligence soit droite ; il faut encore que la volonté soit dégagée de toute entrave passionnelle ; car ce ne sont pas seulement des vérités à contempler, mais à pratiquer au prix d'efforts pénibles. « Pour les connaître, dit Pascal, il faut les aimer. » Pour les aimer, il faut avoir l'àme sincère et honnête. La bonne foi et la bonne volonté jointes au bon sens, voilà les conditions nécessaires pour adhérer pleinement aux vérités morales, c'est-à-dire la droiture du jugement, du cœur et de la volonté. C'est ce qu'il y a de vrai dans l'opinion de ceux qui ont, comme Descartes, le tort de ramener la croyance et le jugement à la volonté. Cette prédisposition morale n'est pas la cause de la certitude, mais sa condition : elle écarte les obstacles qui empêchent de voir'la vérité morale. La rectitude du cœur et de la volonté n'y est pas moins nécessaire que celle de la raison. C'est le cas, ou jamais, de redire avec Platon {^) qu'il faut aller au vrai « avec toute son âme » : Eùv oX/J t^ 'J>u/.vi.

Remarques : L — Évidence géométrique et évidence morale : cette distinction revient à la distinction faite par Pascal entre l'esprit géométrique et l'esprit de finesse. L'évidence géométrique se rapporte à la certitude rationnelle (logique et métaphysique) ; ré\ddence morale se rapporte à la certitude morale. Mais, comme on vient de le voir, le mot de certitude morale est équivoque : pour les uns, elle n'est qu'un cas particuher de la certitude rationnelle ; — pour les autres c'est une simple croyance. En se plaçant au premier point de vue qui est le vrai, l'évidence morale, étant corrélative à la certitude morale stricte, n'est qu'un cas particuher de l'évidence rationnelle. Si l'on se met au second point de vue, l'évidence morale ne repose que sur des probabihtés plus ou moins grandes qui déterminent la croyance.

II. — • Convaincre et persuader (^) : la conviction et la persuasion diffèrent entre elles comme la certitude rationnelle apphquée aux vérités spéculatives et la certitude rationnelle appliquée aux vérités morales. Elles diffèrent par :

A) Leurs natures : la conviction est un état de V intelligence qui perçoit

(M Platon, République, VII. Édit. Didot, T. ii, p. 126, ligne ii. (*) Pascal, De l'esprit géométrique, § 2, L'art de persuader...

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ll'évidence de la vérité. — La persuasion est tout cnsornl)!»! un état de ^intelligence, de la sensibilité et de la volonté. Pour être raisonnable cllo Suppose la conviction, dont la vérité eue, mais oll.' y ajoute Vu/noiir II.; la vérité et la résolution de la mettre on pratic{U('.

B) Leurs causes : les causes qui déterminent la conviction sont d'ordre intellectuel : ce sont des preuves rationnelles. La persuasion est l'elTet de causes d'ordre moralqui renforcent les premières ; vg. exemple, autorité attraits pour le bien ou le mal, passions, habitudes, etc.

C) Leurs objets : la conviction, ayant pour objet le vrai, suffit au Ijut du savant qui est théorique. Si, chez l'homme, la volonté et les inclinations étaient toujours conformes à la mison, la conviction serait suffisantf aussi pour l'action et la conduite. — La persuasion, ayant pour objet le bien honnête et V utile, est nécessaire dans la vie morale, où il ne suffit pas de voir la bonté ou l'utihté d'une chose pour la faire ; il faut encore l'aimer et avoir la force de la vouloir. On peut voir clairement qu'une chose est vraie et obhgatoire, et cependant, à cause de ses conséquences pratiques, gênantes pour nos passions, n'avoir pas le courage de l'accomplir : Video meliora... De là résultent les différences entre la démonstration, qui est Y art de convaincre et. s'adresse à la seule raison ; et l'éloquence, qui est Vart de persuader et s'adresse à l'âme tout entière. C'est pourquoi S. Augustin met le talent de l'orateur, qui doit convaincre et persuader, à rendre la vérité lumineuse, agréable, émouvante. Id agit verbis ut veritas pateat, veritas placeat, veritas moveat (^).

IIL — Logique affective : dans les changements de conviction, notamment dans les conversions rehgieuses, souvent l'àme passe de son état actuel à l'état opposé sous l'influence d'un ensemble très complexe de faits psychologiques. La raison n'est pas seule, tant s'en faut, à y jouer un rôle. Sans signaler ici l'action de la grâce, que suppose toute vraie conversion religieuse, il convient d'indiquer la part mystérieuse qui revient aux phénomènes d'ordre afTectif. Ils ne procèdent point au hasard, mais par voie d'associations variées. Ils s'évoquent les uns les autres et se coordonnent sous l'empire subconscient des lois diverses qui régissent les . associations (Ps. 115). On appelle Logique affective cette coordination spontanée des faits affectifs qui influent sur nos convictions. Elle a besoin d'être surveillée et contrôlée par la raison, parce qu'elle se développe fatalement d'après ses propres lois. Selon la nature des données sur lesquelles elle opère, la Logique affective peut aboutir à des résultats étranges et à des conclusions fausses aussi bien qu'à des inventions merveilleuses et à des jugements sains.

iM S. Augustin, De docirina christiana, L. IV, C. xxviii, a. 61.

Les rapports de la croyance et de la science ont été très diversement compris (^). On peut ramener les interprétations diverses aux suivantes : 1» La croyance est un mode de connaissance inférieur à la science : elle est synonyme d'opinion. — 2° La croyance est un mode de connaissance supérieur à la science. — 3^ La croyance est le mode général de connaître, dont la science n'est qu'un cas particulier. — 4^ La science et la croyance sont deux modes différents de connaître et tous deux aboutissent à la certitude.

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