B. — SOPHISMES DE DÉDUCTION
On peut les ranger en deux groupes : sophismes formels ou proprement dits et sophismes matériels qui ne résident pas proprement dans la déduction.
1. — Sophismes formels ou proprement dits : ce sont tous les faux raisonnements que l'esprit peut commettre en appliquant mal, abstraction faite de la matière, les lois :
1° De la déduclion immédiate. — On aboutit alors à :
a) La Fausse Conversion : ne pas tenir compte, en transposant le
(') A. Flamérion, De la prospérité comparée des nations catholiques et des nations protestantes.
(-) Virgile, Enéide, II, 65-66.
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sujet et l'attribut d'une proposition, de leur extension ; vg. Tout homme est mortel = quelque mortel. On convertira donc mal en disant : Donc tout mortel est homme.
b) L'Opposition illégitime : le cas le plus fréquent consiste à conclure de la fausseté, d'une proposition la vérité do la |»roposition contraire : vg. Il est faux que tout homme soit menteur ; donc aucun homme n'est menteur. On oublie que deux propositions contraires peuvent être fausses en même temps, parce qu'il y a place pour une troisième proposition qui peut être vraie :
Quelque homme n'est pas menteur (19, 20).
2» De la déduction médiate. — Ce sont les syllogismes irrégulicrs, c'est-à-dire qui violent quelqu'une des règles du syllogisme (26, 27).
II. — Sophismes matériels : ils ne résident pas dans la déduction, mais dans une illusion touchant la matière ou prémisses de la déduction. Cette illusion a pour causes l'ignorance, l'oubli, les associations habituelles qui peuvent amener :
10 Ignorance du sujet {Ignoratio elenchi) : ce sophisme consiste à prouver autre chose que ce qui est en question ; c'est déplacer la question : vg. Rousseau, dans sa Lettre sur les spectacles, dit que le Misanthrope est une pièce immorale, parce qu'on y rit d'ALCESTE qui personnifie la vertu. Or Alceste n'est pas la personnification de la vertu, mais le type de la franchise exagérée. C'est un sophisme dont les avocats et les orateurs politiques usent souvent : ils font d'habiles diversions.
2° Pétition de principe : elle consiste à prendre pour principe de raisonnement une chose qui est en question. C'est un cas particulier de V Ignorance du sujet : vg. La nature des choses pesantes est de tendre au centre du monde ; or l'expérience montre que les choses pesantes tendent au centre de la terre ; donc le centre de la terre est le centre du monde. Dans ce raisonnement, trouvé par Galilée dans Aristote, celui-ci suppose que le centre de la terre est le même que le centre du monde (^).
30 Cercle vicieux ou Diallèle : il consiste à prouver deux propositions l'une par l'autre. C'est une double pétition de principe. On commettrait ce sophisme en prouvant la vahdité du critérium de l'évidence par la véracité divine, laquelle a besoin d'être d'abord prouvée elle-même par l'évidence.
Remarque : autres classifications :
A) Quelques Logiciens classent les sophismes en sophismes de l'esprit et en sophismes du cœur. Mais les sophismes du cœur (vg. sophismes d'amour- propre, d'intérêt, de passion) analysés par Nicole {^) rentrent
(1) Logique de Port-Royal, III« P., Ch. xix, § 2. (=) Logique de Port-Royal, III" P., Ch. xx.
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dans la division des sophismes de Vesprit, car tout sophisme, que sa cause soit de l'ordre intellectuel ou moral, est un faux raisonnement. B) Classification de S. Mill (i), il distingue les sophismes