REMÈDES A L'ERREUR
Les remèdes à l'erreur doivent être en rapport avec ses causes ; il faut donc des remèdes qui s'adressent à l'intelhgence et à la volonté.
A) Remèdes d'ordre logique : ce sont surtout des remèdes préventijs : i^ Observer exactement toutes les règles de la logique ; faire un bon
emploi de la méthode ; apphquer à chaque science la méthode qui lui convient.
20 Se mettre en garde contre les suggestions des sens, de l'imagination, de l'association des idées, de l'habitude, du langage.
3*^ Savoir suspendre son jugement et douter à propos ; ne regarder comme certain que ce qui aura été établi par les moyens légitimes de connaître : l'intuition et le raisonnement.
B) Remèdes d'ordre moral : théoriquement, in abstracio, la volonté peut toujours suspendre le jugement ; mais, pratiquement, in concreto, elle ne le fera pas toujours, car c'est une tâche surhumaine qui exige l'exercice continu de quahtés trop difficiles. Cependant on peut facihter sa tâche à la volonté en s'efîorçant de diminuer la grandeur des obstacles :
1° A Vorgueil, à la présomption, opposons une juste défiance de nousmêmes en nous rappelant les hmites de la raison humaine (^).
2° A la prévention que font naître les passions, opposons Vimpartialité
(^) Bacon avait pressenti les intellectuels de notre temps : Alius error fluit ex nimia reverentia et quasi adoratione intellectus humant... Csterum prœclaros hos opinaiores et {si ita loqui licet) intellectualistas... {De dignitate, L. I, § 43). Edit. Douillet, T. I, p. 71.
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qui s'acquiert en subordonnant, la sensibilil6 et les inL.'Tèls aux exigences de la vérité et de la justice.
3° A la précipitation et à la légèreté qui portent à juf,'er à tort et à travers, opposons des habitudes de réflexion patiente et de circonspection.
40 A la nonchalance qui redoute la peine, opposons Vattention énergique et soutenue qui s'obtient par des efforts répétés.
Conclusion : la première condition à remplir, sans laquelle les meilleurs remèdes seront sans efficacité, c'est d'aimer la vérité |jour ellemême, c'est de la réaliser dans sa vie, c'est-à-dire c'est la pratique du bien : Sapientia et veritas, dit saint Augustin, nisi totis viribus conciipiscatur, nullo modo inveniri potest. C'est le conseil de Malebranche : « Le meilleur précepte de Logique que je puisse te donner, c'est que tu sois homme de bien. » C'est le mot de l'Évangile : Qui autem facit ceritatem, venit ad lucem (').
(M s. Jean, Evang., III, 21. — -Il est certain qu'en bien des cas c'est le cœur qui fait mal à la tête. Les passions forment ces brouillards dont parle Platon et qui empftchent de voir la lumière. Saint Théophile d'Antioche en faisait déjà l'observation à son interlocuteur AuTOLYCus "... Si dicas : Ostende mihi Deum tuum ; dicam tibi : Ostende mihi hominem tuum, et ego ostendam tibi Deum meum.. Omnes enim habent oculos, sed quidam caligine suffusos ac solis lucem non videntes... Sic et tu mentis tuae oculos caligine sufTu.sos liabes ob peccata et malas actiones tuas... Haec enim qui agunt, iis Deus non apparet nisi prius se ab omni labe expurgaverint. Haec igitur omnia tenebras tibi injiciunt... (Migne, Patrologia grseca, T. VI, Sancti Theophili ad Autolycum L. I, n. 2, col. 1026-1027). — De nos jours, des hommes en quête de la vérité vinrent souvent trouver le P. de Ravignan pour lui soumettre leurs doutes sur la religion. Combien de fois le Père, montrant son prie- Dieu, ne leur a-t-il pas dit avec l'autorité irrésistible que donne la sainteté : « Mettez-vous là et nous causerons après. » Les visiteurs dociles se relevaient abî^ous et pacifiés. Le Père reprenait alors : « Je vous écoute. » Et d'ordinaire la tête n'avait plus d'objeclion-;. p.iroe que le cœur n'avait plus de péchés.