A. — UTILITÉ DE LA LOGIQUE EN GÉNÉRAL
I. — Il ne faut pas méconnaître la valeur du bon sens au point de croire qu'on ne peut penser Juste avant d'avoir appris la Logique : le bon
sens est la logique naturelle de l'esprit, l'aptitude innée de l'intelligence à la vérité. Chercher le vrai nous est aussi naturel que respirer et
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dormir. Si les hommes n'avaient pas pensé juste avant que les r(-gl(?s de la Loo'iquG fussent formulées, elles ne l'auraient jamais été, ear, comme le dit Leibniz, ces lois de la Logique « no sont autres que celles du bon sens mises en ordre et par écrit (') ». Aussi, dans la pratique, la lo(,nque naturelle peut souvent se passer de la logique artificielle de l'I^cole qui doit, au contraire, prendre la première comme fondement. Pour comprendre les théories et les démonstrations de la Logique, il faut déjà être capable de penser et de raisonner par soi-même, à plus forte raison pour s'en servir et les appliquer avec justesse.
IL ^ — Il ne faut pas non plus méconnaître la valeur de la Logique au point de croire que le bon sens suffit toujours :
1» Le bon sens nous mène à la certitude, mais sans rendre compte du pourquoi et du comment. — La Logique nous apprend à nous rendre compte des choses.
2^ Le bon sens ne sait pas réfuter un sophisme spécieux ; il ne peut que se cramponner, pour ainsi dire, à sa certitude. — La Logique démêle l'erreur et démasque le sophisme.
3° Le bon sens, qui sait tirer d'un principe les conséquences immédiates, se perd dans une longue chaîne de raisonnements. — La Logique peut descendre jusqu'aux conséquences les plus lointaines.
4*5 Le bon sens suffit aux exigences quotidiennes, mais non à la recherche des vérités abstraites et générales. — Aussi la Logique est-ell« VOrganum scientiarum. Pour arriver à la science, il faut employer les méthodes que la Logique nous fait connaître.
Outre cette utilité pratique, la Logique a un avantage spéculatif : comme toute scienc'e, elle a en soi son utihté, car elle satisfait la curiosité de l'esprit humain. L'ignorance des lois qui régissent la marche de la pensée ne serait pas moins regrettable que l'ignorance des lois qui règlent les mouvements planétaires. C'est pourquoi les découvertes d'ARiSTOTE et de Kepler sont également dignes d'admiration.